« Une grande fille » de Kantemir Balakov *

Iya travaille dans un hôpital auprès de blessés de guerre à la fin de la deuxième guerre mondiale à Leningrad. Elle est très grande et souffre de moments d’absences certainement dus à de l’épilepsie (ce n’est pas dit dans le film). Elle vit dans un appartement communautaire avec son petit garçon : Pashka.

Le film n’est pas explicite sur les événements historiques, mais il met en scène des personnages qui ne sont que douleur. Le thème, c’est le désir de maternité d’une femme qui a perdu un enfant. Il est aussi question d’euthanasie, d’homosexualité.

Ce qui m’a le plus touchée, c’est ce sentiment de malheur impalpable,  dans une URSS exsangue, avec des personnages déshumanisés tant ils ont souffert. Seul le médecin semble éprouver des sentiments non corrompus, une certaine morale.

Les acteurs sont taiseux et leurs gestes sont lents, leurs visages souvent comme figés.

Kantemir Balakov a écrit un film visuellement très beau et coloré dans lequel le vert et le rouge sont à l’honneur.

Pourquoi alors si peu d’étoiles ? J’ai été très mal à l’aise : j’avais l’impression de faire le grand écart tout au long du film entre le plaisir des images à l’esthétique parfaite et la souffrance portée par une histoire avec des scènes et une ambiance très éprouvantes. Du plaisir mêlé à de la souffrance, ça m’a beaucoup dérangée. Je préfère les films dramatiques avec une réalisation très classique, discrète, sobre, dans lesquels, la forme s’efface devant le fond.

Ma notation ne révèle que mon ressenti et non les qualités certaines du film.

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« Les faussaires de Manhattan » de Marielle Heller ****

Lee Israël, auteure solitaire de biographies qui ne se vendent plus, amatrice de Whisky au parler caustique et au look négligé, vit à Manhattan avec son chat. Elle peine à payer ses factures et son loyer. Lors d’une sortie au bar elle fait la connaissance d’un dandy dealer Jack Hock. Dans les mêmes temps, elle découvre par hasard une lettre d’un écrivain dans un roman emprunté à la bibliothèque. L’idée de rédiger de fausses lettres d’écrivains célèbres fait son chemin, Jack Hock l’accompagne dans cette entreprise.

J’ai aimé beaucoup de choses dans cette histoire inspirée du livre de la vraie Lee Israël, que Marielle Heller prend le temps de raconter :

La photographie de New-York, l’ambiance des milieux littéraires et des librairies/bibliothèques des années 90 à New York décrite de façon corrosive et réaliste, l’amitié atypique entre les deux héros et les dialogues ciselés sur mesure pour les acteurs, excellents.

J’ai surtout été très touchée par les portraits de ces anti-héros « antisociaux », ces laissés pour compte d’un système dont ils sont des contre-modèles à tous les niveaux. Ils restent malgré tout éminemment sympathiques. Leur sens de l’humour et de la dérision  les maintient dans une dignité qui les hisse au-delà de la misère les menaçant à chaque instant.

Je me souviendrai un bon moment de Melissa Mc Carthy et Richard E. Grant dans la peau de Lee et de Jack.

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« Le Roi Lion » par Jon Favreau ****

Vous avez certainement vu la première version ou vous l’avez revue la semaine dernière à la télévision. Je n’en ferai pas un résumé.

Pour moi, la version de Jon Favreau même si elle reprend l’originale quasiment plan pour plan, a été un vrai coup de coeur. J’ai trouvé le film grandiose et plus captivant même que le dessin animé.

Peut-être moins poétique,  le film de 2019 donne, ceci dit, une autre intensité aux personnages qui semblent bien vivants, même s’ils ne sont pas forcément réels, parce que « parlants ». J’ai trouvé les images de la jungle, de la savane et du désert magnifiques. Les différentes espèces représentées de façon si fidèle, ont quelque choses de très saisissant quand on sait que les vertébrés disparaissent à une vitesse exponentielle de nos jours.

Après, certains détails de l’histoire (d’il y a vingt ans déjà) rappellent que c’est une histoire où les animaux sont humanisés comme dans les fables. Par exemple le fait que le lion Simba mange des vers ou que les hyènes sont une espèce « méchante ». Ce n’est pas l’histoire de Disney que je préfère.

Mais je conseille vivement d’aller voir ce film (en 3D de préférence) si vous souhaitez une immersion dans la splendide nature sauvage africaine.

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« Give me liberty » de Kirill Mikhanovski ****

C’est le matin à Milwaukee. Vic, jeune américain d’origine russe vit dans une résidence avec son grand-père. Issu d’une famille de musiciens, il fait le malheur de sa mère en restant chauffeur de minibus. Il véhicule des personnes en situation de handicap vers différents lieux de rendez-vous ou de soins. Mais ce jour-là son grand-père fait brûler un poulet dans l’appartement, alors que des compatriotes russes lui demandent de les amener à l’enterrement d’une amie. Il prend beaucoup de retard. C’est sans compter les troubles et les manifestations dans un quartier populaire qu’il doit traverser.

La caméra suit Vic dans ces moments de pérégrination chaotiques, lors de discussions passionnées, parfois en s’emballant, parfois en se mettant sur noir et blanc, en suivant toujours chaque personne de près. Elle nous emmène au cimetière, au centre pour personnes handicapées, chez la mère de Vic, chez son employeur, dans la résidence, dans la famille de Tracy Holmes, une patiente qu’il véhicule, à travers les rues du quartier jusque devant le commissariat ou au chevet d’un patient philosophe tétraplégique.

C’est un film dense, drôle et émouvant, avec un côté très « Europe de l’Est » dans son rythme. Par dessus-tout j’ai énormément apprécié le regard de Kirill Mikhanovski sur les personnes en situation de handicap : un regard qui en fait des acteurs comme les autres, des personnes ordinaires, participant pleinement à cette journée de folie, acceptés ici dans leur intégrité. Une belle réussite.

Un film à voir.

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« Wild Rose » de Tom Harper ***

Glasgow. La jeune Rose-Lynn Harlan sort de prison et retrouve ses deux enfants que sa mère, Marion, gardait pendant son incarcération. Rose-Lynn a une voix en or, elle voue une passion à la musique country et rêve de faire carrière aux USA à Nashville.

Elle trouve un emploi de femme de ménage chez une famille très aisée pour pouvoir subvenir aux besoins de sa famille.

Sa vie et ses choix oscillent entre son rêve et ses responsabilités de mère célibataire. Si les enfants font malheureusement les frais des mauvaises décisions de leur mère, leur vie retrouve un équilibre et du bonheur, lorsque Rose-Lynn accepte ses responsabilités.

Tom Harper a réalisé un film social, comme beaucoup l’ont écrit, à façon de Ken Loach, avec des dialogues rythmés par l’accent écossais comme dans « la part des anges », mais avec la dose d’humour en moins.

Ceci dit, Jessie Buckley a effectivement une voix en or et le film vaut vraiment le détour ne serait ce pour la dernière chanson du film.

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« L’oeuvre sans auteur » Parties 1 et 2 de Florian Henckel von Donnersmarck ****

J’ai été captivée de bout en bout par cette saga familiale et historique, abordant des questions passionnantes de philosophie de l’art. Si Florian Henckel von Donnersmarck raconte la vie de l’artiste Gerhard Richter entre les années 40 et les années 70, dans le film le cinéaste le nomme Kurt Barnert.

Sur le site de Gerhard Richter la biographie ne correspond pas forcément au film.

https://www.gerhard-richter.com/fr/chronology/

Par exemple, la tante du peintre meurt en réalité de faim dans un hôpital pour aliénés. En 1945, les nazis n’exterminaient plus les malades mentaux et psychiques.

Dans les années 40, à Dresde, le jeune Kurt Barnert et sa tante Elisabeth visitent une exposition sur les peintres dégénérés. Peu de temps après, à cause d’une grande fragilité psychique Elisabeth est internée par le médecin de famille rallié à l’idéologie nazie.

Le temps passe, les événements font passer l’Allemagne de l’Est dans le monde communiste après le bombardement de Dresde.

Le père de Kurt ne peut plus exercer son métier de professeur, il fait le ménage dans une usine. Plus tard, Kurt rejoint l’école des beaux arts et devient peintre officiel du régime communiste.

Je vous laisse découvrir la suite et les détails de l’histoire si vous décidez d’aller voir le film.

Le cinéaste montre comment la politique se mêle de l’art et cherche à l’aliéner, le brider dans les régimes nazi et communiste. Ceci dit, la liberté n’est pas forcément la garantie d’oeuvres fortes. La dernière partie du film, lorsque le professeur de Kurt parle de la graisse et du feutre et que Kurt commence à se réaliser dans ses peintures, m’a laissée sans voix. Le film vaut vraiment le détour essentiellement pour ces moments de grâce, aux messages très forts.

J’ai trouvé l’acteur Tom Schilling exceptionnel, peu loquace, avec un regard et un visage énigmatiques et expressifs. Il porte le film de bout en bout.

Paula Beer et Sebastian Koch, comme les seconds rôles m’ont aussi marquée.

Je conseille vivement ce film.

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Un écrin de verdure enchanteur : « Le jardin chez Pia et Alain » à Walbourg

Nous arrivons Grand’Rue à Walbourg près de Haguenau. Les maisons sont alignées au bord de l’asphalte et rien ne laisse deviner l’écrin de verdure que nous allons découvrir.

Nous sommes accueillis par l’hôte, la visite du jardin commence.

Pia et Alain ont acheté la maison et créé le jardin en 2005. Après avoir déboisé une partie du terrain, ils sont partis de rien, ont enrichi leurs connaissances, comme la variété de leur jardin au fil du temps. A présent on peut y admirer plus de 500 espèces de plantes, avec des collections d’hostas, d’érables, de pivoines ou d’hortensias.

Le jardin se décline en 3 parties : la partie asiatique, le plan d’eau et une partie à l’anglaise. Au milieu du jardin, une chambre d’hôte, avec une pergola et un salon d’extérieur bien agréable. Des bancs invitent au repos et à la méditation. Une boutique vous permet d’acheter des plantes ou des œuvres d’artistes locaux.

La première partie, le jardin japonais, se situe à l’avant de la maison : plantes grasses, graminées, bambous, arbres taillés en nuage ou « niwaki » et un jardin zen, minéral. Une porte ronde à la symbolique d’inspiration chinoise, la porte de lune ou « moon gate » marque l’entrée dans le jardin chinois avec le plan d’eau.

L’enchantement se poursuit lorsque nous découvrons le jardin à l’anglaise, avec des ilots construits autour des arbres, entourés de végétation. Verdoyant, il bénéficie d’un système d’arrosage discret et performant. Alain y a aussi planté un sequoia déjà haut de quelques mètres et 3 méta séquoia glyptostroboïdes..

Nous terminons la visite en nous désaltérant et écoutant les explications passionnantes des propriétaires des lieux.

C’est sûr, nous reviendrons à l’automne, pour voir la couleur des érables et en mai, période de floraison des rosiers et des pivoines.

http://chezpiaetalain.fr/

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Des parcs de conte de fée : le domaine de la Léonardsau et les jardins du château de Kolbsheim

J’ai pensé à « la Belle et la Bête » en visitant ces parcs. Si le parc de « La Léonardsau » est public et les jardins de Kolbsheim privé, les deux sont les écrins d’une belle demeure désuète. Ils sont composés de jardins en terrasse (à la française, japonais), se prolongeant dans un parc à l’anglaise avec grands arbres et prairies, offrant de belles perspectives et des coins d’ombre.

A côté du château de Kolbsheim, le visiteur peut admirer un panorama sur les Vosges et la plaine d’Alsace. Le domaine de la Léonardsau est parfois le lieux de manifestations culturelles.

Pour une journée avec un pique-nique, des lieux intemporels à découvrir.

Kolbseim :

La Léonardsau :

https://www.tourisme-obernai.fr/Fr/Voir-faire/Paysages-Parcs-jardins/Domaine-Leonardsau.html

https://www.parcsetjardins.fr/jardins/349-parc-et-jardin-du-chateau-de-kolbsheim

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« So long my son » de Wang Xiaoshuai ****

La compréhension du film fait appel à de fines qualités d’observation. Pour évoluer dans ce labyrinthe spatio-temporel de plus de 3 heures, jonché d’ellipses, chaque détail est important, essentiellement dans les images : un téléviseur des années 80, une mèche de cheveux blancs, tantôt une moustache, tantôt un visage glabre, un smartphone… Quelques mots lancés ici et là permettent de se repérer à qui reste attentif.

Plusieurs époques se mêlent et mènent vers les jours actuels, non sans allées venues d’une époque à l’autre, avançant toujours davantage vers la vérité des faits et la vérité des sentiments.

Cette gymnastique intellectuelle à travers le temps se fait parfois au détriment de l’émotion, mais c’est peut-être une façon d’être pudique.

C’est l’histoire d’un couple d’ouvriers, de leur fils, Xingxing, et de leurs amis proches, deux couples avec des enfants. En filigrane, l’Histoire de la Chine depuis les années 80, dont le fil conducteur reste la politique sur l’enfant unique. Le rapport aux enfants est central et essentiel, au coeur de cette narration éclatée.

J’ai beaucoup aimé la photographie, belle et précise, tout le travail sur le vieillissement des personnes des lieux et des objets. Les événements les plus graves sont finement amenés, davantage suggérés que frontalement filmés.

Pas une minute d’ennui devant ce film complexe, porté par des acteurs expressifs et impliqués malgré une grande retenue.

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« Toy Story 4 » des studios Disney Pixar ***

Si vous ne connaissez pas Toy Story (comme moi il y a peu de temps) : C’est l’histoire d’une bande de jouets qui prennent vie lorsque les enfants sont absents. Le jouet leader est un cow-boy du nom de Woody. Woody et ses amis appartiennent à Andy. Mais le garçonnet a grandi et a cédé ses jouets à la petite Bonnie.

Bonnie participe à la journée de présentation de l’école maternelle où les jouets apportés de la maison sont interdits. Elle s’y fabrique une poupée à base de déchets, dont une fourchette en plastique. La fourchette se considère comme un déchet, non comme un jouet et cherche à s’enfuir. Woody veille sur elle et tente de la convaincre de rester.

La fillette et ses parents partent quelques jours avant la rentrée en camping-car. Ils s’arrêtent dans une ville accueillant une fête foraine située à côté d’un grand magasin d’antiquités.

L’aventure commence au détour du chemin, alors que Woody perd le jouet fourchette dans la boutique d’antiquités.

On rencontre des jouets méchants et amers, des jouets indépendants sans enfants, et des jouets dont l’existence trouve son sens dans le fait d’appartenir à un enfant.

Je pense que l’histoire plaira essentiellement aux enfants, je n’ai pas trop accroché à l’idée des jouets animés avec leurs crises existentielles.

Ceci dit l’animation est très réussie, riche en couleurs et détails réalistes. Le récit est palpitant quoiqu’un peu long dans les scènes du magasin d’antiquité.

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