« De Gaulle » de Gabriel Le Bomin ***/****

L’action se déroule pendant deux semaines entre la France et la Grande Bretagne en juin 1940.

Après une introduction inattendue qui fait craindre le pire, le spectateur découvre la famille du colonel Charles De Gaulle au grand complet lors d’un déjeuner de famille. C’est une famille unie, bourgeoise, croyante. Charles et Yvonne De Gaulle sont très soudés.

Le colonel est peu de temps après appelé sur le front à Abbeville et s’oppose en vain aux décisions militaires de l’Etat Major. Nommé Général, s’il rejoint ensuite le gouvernement, il n’en reste pas moins opposé aux autres militaires prêts à accepter la défaite de la France et à refuser toute alliance stratégique avec la Grande Bretagne.

Alors qu’en pleine débâcle, sa femme et ses enfants partent vers l’ouest de la France, le Général peine à se faire entendre et à trouver sa place au sein du gouvernement.

Les choses se précipitent, le général De Gaulle part à Londres sans nouvelles de sa famille qui cherche à quitter la France.

Je suis loin d’être une spécialiste de cette période de l’Histoire et je dois dire que le film m’a rafraichi la mémoire. S’il oscille entre la vie familiale du général De Gaulle et sa vie politique, il est construit comme un thriller historique et romanesque, ce qui a captivé mon intérêt. Les reconstitutions sont toujours impressionnantes dans ce genre de film.

Les discussions entre Churchill et De Gaulle ont du panache.

Un film à voir comme introduction à une biographie du grand homme.

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« Les parfums » de Grégory Magne ****

« Les parfums » est une excellente surprise, un film très plaisant, léger, agréable, avec pourtant de la profondeur.

Guillaume Favre (touchant Grégory Montel) est chauffeur de luxe. Il peine à joindre les deux bouts et cherche à louer un appartement correct dans le but d’obtenir la garde de sa fille de 10 ans une semaine sur 2.

Alors qu’il n’ a presque plus de points sur son permis, il est embauché par Mlle Anne Walberg (excellente Emmanuelle Devos), une femme solitaire et froide, dont la profession est aussi intrigante qu’originale.

Le film est centré sur l’amitié entre ces deux écorchés, laquelle va porter l’un et l’autre et aider chacun à guérir de ses blessures.

Grégory Magne élabore le portrait de 2 personnalités intéressantes et atypiques avec beaucoup de finesse psychologique. L’histoire est originale, les dialogues font mouche. Il met en scène une amitié sincère entre un homme et une femme, ce qui est rare au cinéma.

J’ai retrouvé cette légèreté dans des films comme « Le goût des merveilles » de Eric Besnard ou « Tous les soleils » de Philippe Claudel, des films également sans thèse ni violence, sans prise de tête, qui distillent un plaisir partagé et une histoire profonde.

Je conseille vivement.

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« L’affaire Marvin » de Lewis Eizykman ****

J’ai eu un gros coup de coeur pour ce petit bijou d’humour et d’intelligence, à la réalisation astucieuse, sorti peu de temps avant le confinement.

Lewis Eizykman a réalisé de manière indépendante ce long métrage en 2018, sorti sur les écrans en janvier 2020.

Il s’agit d’un faux documentaire dont le point de départ est l’illustration de l’effet papillon. Ou comment un événement totalement anecdotique, à savoir un chat qui part de chez lui parce qu’il n’aime pas ses nouvelles croquettes, va, de fil en aiguille, provoquer la plus grosse crise économique de tous les temps.

Après une belle carrière en festivals et une petite sortie cinéma un peu écourtée pour cause de Covid-19, le film peut être visionné gratuitement en ligne sur YouTube :

Si vous avez une heure devant vous, je vous conseille vivement de regarder « l’affaire Marvin » .

Film à regarder absolument jusqu’au bout !

N’hésitez pas à partager le lien autour de vous.

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« Un fils » de Mehdi M. Barsaoui ****

2011 en Tunisie, la Libye proche est très instable. Fares, Meriem et leur fils de 11 ans, Aziz forment une famille moderne et aisée. Ils participent à une fête entre amis. Sur le chemin du retour ils sont la cible de terroristes dans le désert aux alentours de Tataouine.

Ce film est sorti avant le confinement je viens de le voir après avoir lu d’excellentes critiques méritées. Je n’en dirai pas davantage, dommage de gâcher le suspense.

« Un fils » est un film très équilibré, tout en retenue, à l’image soignée et précise offrant de beaux plans de visages. Le cinéaste parle d’abord du couple en crise, des sentiments et de la filiation.

Il y a tout un contexte : géopolitique, médical, culturel, sociétal, bien intégré au scénario. Ce monde est parfois miné par la corruption, parfois intègre et professionnel.

L’histoire construite comme un thriller tient en haleine, le suspense est savamment distillé, les acteurs font la crédibilité de l’intrigue.

Mehdi M. Barsaoui offre un cinéma intelligent et sensible, un film à ne pas manquer.

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« L’ombre de Staline » de Agnieszka Holland *****

Dans un lieu indéfini, un écrivain, on devine Georges Orwell, est en train d’écrire « la ferme des animaux ».

Agnieszka Holland nous emmène ensuite en Angleterre en 1933. Le journaliste Gareth Jones fait part de son interview de Hitler à l’équipe de son employeur Lloyd George. Le journaliste peine à les convaincre qu’Hitler a des ambitions guerrières. Licencié par Lloyd George, il part en tant que journaliste indépendant à Moscou dans le but d’interviewer Staline. Gareth Jones aimerait comprendre comment Staline finance tous ses projets industriels et militaires.

Arrivé à Moscou, il descend à l’hôtel « Metropole » et apprend que son ami et correspondant a été assassiné alors qu’il s’intéressait aux événements en Ukraine. Il découvre la vie ambiguë des journalistes à Moscou, dont celle du journaliste américain Walter Duranty.

Les choses se compliquent, Gareth Jones part en Ukraine à la recherche de la vérité.

Grâce à une réalisation fine et minutieuse, une photographie immersive, des images soignées, souvent minimalistes et faisant mouche, le regard de la réalisatrice accompagne les investigations de Gareth Jones, en les empreignant d’émotion, de suspense et aussi de noirceur.

Le film reste humble : ni leçon d’histoire, ni leçon de morale, il montre que la vérité historique ne va pas de soi et présente les événements à hauteur d’un témoin.  L’Holodomor est un événement peu relaté, peu présent dans les média actuels, alors que ce fut un des moments les plus insoutenables du 20 ième siècle.

James Norton (acteur de l’excellente série « Grantchester) excelle dans le rôle de l’incorruptible Gareth Jones.

Le film d’après confinement à voir absolument.

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« Grâce à Dieu » de François Ozon ***/****

Alexandre vit à Lyon, il est père de famille nombreuse et catholique pratiquant. Un jour, il découvre que le prêtre qui a abusé de lui lorsqu’il était scout, le Père Preynat, exerce toujours son ministère auprès d’enfants. Alexandre entreprend une démarche auprès du diocèse et obtient un entretien avec le Père Preynat. Mais ses efforts n’aboutissent à aucune mesure conséquente, c’est pourquoi Alexandre se tourne vers la justice.

Le commissaire de police chargé de l’enquête  retrouve plusieurs autres victimes du prêtre. François Ozon brosse le portrait de quelques victimes et suit leur cheminement. Les hommes se rencontrent et créent une association destinée à libérer leur parole. L’Eglise qui a longtemps fermé les yeux sur les agissements du pédophile est la grande accusée de ces hommes.

Le scénario fin et méticuleux permet de suivre précisément l’enchaînement des événements et démarches qui ont mené à la médiatisation et à la pénalisation de cette affaire qui devait rester une affaire interne à l’Eglise catholique. Les victimes du prêtre jouent de façon juste, émouvante, avec retenue.

La question de la possibilité de la foi dans ce contexte pervers est bien posée. Les réponses sont plutôt anticléricales, le film se termine par une position agnostique à tendance athée, même si Alexandre affirme que c’est de l’intérieur qu’il faut changer l’Eglise.

C’est un film bien fait, bien joué, très dur par moment, les faits étant insoutenables. Seul l’avenir dira si cette affaire a pu révolutionner durablement l’attitude face à la pédophilie.

J’en profite pour remercier tous les lecteurs qui ont lu mon blog malgré le confinement et malgré l’absence d’articles depuis mars. J’espère que vous allez bien. Encore quelques semaines et le 22 juin les cinémas rouvriront enfin ! Même masqués nous prendrons le chemin des salles obscures et j’ai hâte de vous retrouver pour un prochain article.

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En profiter pour …

15 mars 2020 : Mon billet n’est déjà plus d’actualité, mais je laisse le message. J’espère de tout coeur à bientôt pour un article cinéma.

Chers lecteurs,

J’espère que votre vie n’est pas impactée sévèrement par l’épidémie qui s’installe, que votre santé et celle de vos proches tient le coup.

Si la fréquentation des salles de cinéma va malheureusement baisser (j’irai peut-être tout de même voir l’un ou l’autre film à des moments de faible fréquentation), c’est le moment d’en profiter pour faire plein d’autres choses.

Bien sûr, on peut revoir en DVD tous les classiques, Westerns, Hitchcock .. Séries qui remontent le moral, anciennes comme récentes ; lire ou relire des classiques, des polars…Et aussi profiter du printemps qui arrive pour s’immerger dans la nature.

Bon courage, à bientôt,

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« La Communion » de Jan Komasa ****/*****

Daniel, 20 ans vit en Pologne et purge une peine dans un centre de détention pour la jeunesse. Il a une personnalité troublante et énigmatique : son visage angélique et inspiré cache aussi de la violence et quelque chose de sauvage. Son casier judiciaire l’empêche d’entrer comme il le souhaiterait au séminaire.

Il part travailler dans un village et par le jeu des circonstances, il devient prêtre par intérim dans la paroisse. Les habitants ont récemment vécu un drame terrible. Daniel va les aider à trouver de l’apaisement.

Si le film permet de voyager et de découvrir une Pologne rurale, il met aussi l’accent sur l’importance de la religion dans le quotidien des habitants. Avec des acteurs inconnus à découvrir. En particulier Bartosz Bielenia, remarquable.

J’ai aimé énormément ce film assez dérangeant et réalisé avec finesse. Il ne donne aucune réponse, n’énonce aucune thèse ou théorie, aucun dogme. Au contraire, il pose beaucoup de questions. Je suis sortie du cinéma très perplexe.

Comment définir le sacré ? Quelle différence entre un gourou auto-proclamé et un ministre de culte ? Qu’est-ce que le pardon ? Quel est le rôle des Eglises dans la cité ? Quel est leur pouvoir ? Quelle rédemption espérer avec un passé judiciaire ?

« La Communion » reste avant tout le portrait sombre d’un jeune homme tiraillé entre le bien et le mal, évoluant en funambule sur un fil au-dessus du vide, animé par une foi qui le dépasse.

A ne pas manquer.

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« Invisible man » de Leigh Whannell ***/****

Tard dans la nuit, dans une propriété luxueuse, isolée et ultra sécurisée, aux environs de Los Angeles, Cecilia Kass laisse son mari endormi et s’enfuit avec un sac de voyage.

Ce premier chapitre donne le ton du film : minutieusement raconté, dans un climat de suspense angoissant.

Plus tard le film prend un tournant fantastique, dans l’esprit du « Horla » de Maupassant, avec malgré tout peu d’effets spéciaux, distillés avec précision et soin. Leigh Whannell ne développe pas l’aspect scientifique de la question, mais centre l’histoire sur son versant angoissant et parfois gore. C’est un choix scénaristique mené avec efficacité.

Elisabeth Moss porte le film sur ses épaules et son visage exprime une riche palette d’émotions tout au long du film.

Je ne souhaite pas trop rajouter de détails, tout l’intérêt du film résidant dans le suspense.

Mais là attention spoiler :

C’est un film très réussi sur le thème du harcèlement, avec une dimension fantastique et une inversion réjouissante de statut de la victime.

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« Mine de rien »de Mathias Mlekuz ****

J’ai été conquise par ce film sans prétention, qui a fait très peu parler de lui et c’est dommage.

C’est l’histoire d’un groupe de chômeurs et d’habitants d’une petite ville minière du Nord : Les chômeurs suivent un stage de réinsertion où ils apprennent à interpréter des codes barres. Les autres, comme les gilets jaunes, passent la journée devant la mine en discutant et se restaurant.

La maire souhaite embaucher une entreprise pour démanteler la mine. Mais les habitants ne sont pas de son avis et parviennent à faire reculer l’échéance du démantèlement jusqu’à Noël, avec un projet de parc d’attraction.

Tous les personnages, jeunes, moins jeunes, plus âgés, sont éminemment sympathiques et représentent une France humble, en voie de paupérisation, oubliée par le système et la mondialisation. Unis par l’amitié ils gardent leur dignité.

Le film est davantage une chronique sociale plutôt légère, avec sa galerie de portraits, qu’une comédie ; avec de bons ressorts dramatiques.

J’ai beaucoup aimé le choix d’acteurs, lesquels contribuent parfaitement à l’ambiance syndicaliste et solidaire du film.

J’ai vu peu de films depuis début 2020, ceci étant, « Mine de rien » est une bonne surprise.

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