« Passion » de Ryusuke Hamaguchi **

Le cinéaste japonais réalise ce film en 2008 , bien avant « Senses » et « Asako ». C’est à présent qu’il sort dans les salles françaises.

« Passion » m’a un peu déçue et ennuyée, je l’ai trouvé assez fade, sans relief ni humour.

C’est l’histoire de femmes et d’hommes trentenaires, des intellectuels, en couple ou amants. Tendus entre leurs désirs, leurs amours et désamours, leurs envies de stabilité mais aussi de liberté (ou libertinage), ils se déchirent les uns les autres alors qu’a priori il s’agit d’un groupe d’amis.

Le regard que pose Ryusuke Hamaguchi sur les personnages n’est ni tendre ni bienveillant, je dirais naturaliste, nihiliste voire cruel.

Il radiographie les impasses relationnelles de chacun de ces jeunes adultes, c’est intéressant, mais dommage que ça manque de saveur. Mon film préféré du cinéaste reste « Asako », bien plus abouti et spirituel.

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« Douleur et gloire » de Pedro Almodovar ****

Salvador Mallo, réalisateur célèbre en panne d’inspiration, sujet à de multiples troubles et douleurs, vit dans un magnifique appartement décoré d’oeuvres d’art et d’objets colorés. A l’occasion de la projection d’un de ses anciens films dans une médiathèque, il recontacte 30 ans après, l’acteur principal Alberto Crespo, avec lequel il s’était brouillé.

Les retrouvailles permettent à Alberto de trouver un très beau texte sur l’ordinateur de Salvador, mais vont entraîner le cinéaste dans la consommation d’héroïne.

Je n’en dis pas davantage, je trahirais les astuces du scénario.

Je n’ai pas été vraiment touchée par le héros et sa vie, je n’étais pas toujours en empathie avec lui, même si les acteurs jouent avec justesse.

Mais c’est bien le scénario, le point fort de ce film : je l’ai trouvé brillant, intelligent, dense et fouillé, tel que Pedro Almodovar sait les écrire, en maître des émotions, de la psychologie, des couleurs et des destins singuliers. Ici le destin du héros fait écho à sa propre biographie.

Je trouve que « Douleur et gloire » est à la hauteur de l’oeuvre magistrale d’Almodovar.

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Doris Day

…nous a quittés et nous laisse en autre cette chanson inoubliable :

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« Le chant de la forêt » de Joao Salaviza et Nader Messora ***

Je copie le synopsis officiel très fidèle au film : « Ce soir, dans la forêt qui encercle ce village au nord du Brésil, le calme règne. Ihjãc, un jeune indigène de la tribu Krahô marche dans l’obscurité, il entend le chant de son père disparu qui l’appelle. Il est temps pour lui d’organiser la fête funéraire qui doit libérer son esprit et mettre fin au deuil. Habité par le pouvoir de communiquer avec les morts, Ihjãc refuse son devenir chaman. Tentant d’échapper à son destin, il s’enfuit vers la ville et se confronte alors à une autre réalité : celle d’un indigène dans le Brésil d’aujourd’hui. »

Ce film a une temporalité en phase avec la vie du village, éloignée du monde moderne. Lenteur et plans fixes, le mouvement est dans l’image, rythmé par les bruits de la nature.

J’ai été touchée par l’errance spirituelle de Ihjac qui ne trouve sa place dans aucune des communautés. Les auteurs semblent cerner avec finesse une problématique peut-être récurrente chez les peuples vivant de façon tribale à l’heure actuelle.

Le film est dépaysant et permet une immersion dans la tribu Krahô à la manière d’un ethnologue, avec malgré tout du retrait.

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« Astrid » de Pernille Fischer Christensen ****

Dans les années 2000 (je suppose) en Suède, une dame âgée, la romancière Astrid Lindgren, lit son courrier : des lettres d’enfants avec des voeux d’anniversaire. Elle écoute une cassette enregistrée par une classe, des voix d’enfants se succèdent et seront présentes tout au long du film.

Retour en 1920 et quelques, dans la campagne suédoise. Astrid vit à la ferme avec sa famille, elle a 16 ans. Le pasteur à l’Eglise donne le ton à ces existences austères et pieuses. Astrid se révèle fantasque, elle aime inventer des histoires amusantes. Un jour elle est engagée dans un journal local comme secrétaire.

J’ai beaucoup aimé la forme classique de ce film aux couleurs et lumières nordiques froides et douces, faisant place à une narration elle aussi tout en douceur et fluide. Les êtres et leurs visages y ont une place de choix.

Si le film ne parle qu’en filigrane des romans d’Astrid, il s’attache à la période de la fin de sa jeunesse, avec la naissance de son fils, l’expression de son amour maternel, son coeur brisé, finalement apaisé.

La présence de Alba August illumine l’écran.

C’est un film très délicat et tendre sur les liens entre une mère et son jeune enfant, malgré l’austérité ambiante, qui permet peut-être de comprendre pourquoi Astrid Lindgren a eu tellement de talent pour inventer des histoires destinées aux enfants.

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« El Reino » de Rodriguo Sorogoyen ***/****

Espagne. Lors d’un repas animé et festif, des hommes échangent des remarques sur leur parti en écoutant et critiquant leur futur candidat à la télévision. Manuel Lopez Vidal, secrétaire régional, vivant dans l’opulence, est sur le point de rejoindre la direction du parti. Mais un scandale éclate et Lopez Vidal est vite érigé en bouc émissaire afin de masquer la partie immergée de l’iceberg. Le parti tremperait dans une affaire de détournement de fonds européens.

Le procès approche, Manuel Lopez Vidal entreprend une course contre la montre pour prouver l’implication de ses collègues dans l’affaire et ne plus être le seul homme incriminé.

Le spectateur est entraîné dans un thriller aux rouages efficaces et bien huilés avec des scènes d’anthologie hallucinantes et un final excellent. On découvre que la corruption est généralisée, qui ne s’enrichit pas sur le dos des espagnols et de l’Europe ?

Ce film haletant et cynique n’explicite pas assez à mon goût les enjeux de ce scandale politico-financier qui restent obscurs, même si on comprend bien que Lopez Vidal -peu sympathique héros au final- cherche à sauver sa peau en faisant tomber ses collègues. Ainsi le déroulement est palpitant mais ne génère que peu d’émotions et de passion pour l’affaire en cours.

J’ai toutefois bien aimé, je me suis laissée portée par le rythme du film et l’adrénaline qu’il procure, sans creuser au-delà, parce que le fond semble plutôt désespérant.

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« 90’s » de Jonah Hill ***

Années 90, avant l’ère des smartphones…C’est l’été à Los Angeles. Stevie, 13 ans vit avec sa mère et son frère plus âgé Ian, violent, qui le bat. Stevie traîne dans un magasin de skate boards et grâce à Ruben, il s’introduit dans un groupe d’adolescents plus âgés que lui. Bientôt il devient leur mascotte et trouve refuge sous leur aile.

Le jeune garçon passe l’été à faire du skate, rencontre des filles et d’autres jeunes, discute de divers sujets avec ses nouveaux amis.

Le format carré de l’image, la bande son rythmée et omniprésente, les images filmées à la volée donnent à ce film un côté pop, ciné « indé », on accroche ou non à ce style.

J’ai surtout apprécié la vitalité touchante de ce jeune garçon qui cherche des issues à un quotidien difficile. Il veut à tout prix à s’intégrer à la bande, il y met tout son coeur. Le jeune acteur est vraiment très bien. La photographie de Los Angeles m’a bien plu aussi (par exemple les skateurs qui descendent une avenue bondée de voitures).

Un film qui vaut le détour.

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