« 3 billboards, les panneaux de la vengeance » de Martin McDonagh ****

Mildred Hayes loue 3 panneaux publicitaires sur la route où sa fille a été sauvagement assassinée. Elle y fait placarder des affiches qui remettent en cause la police locale. S’en suit une cascade de rapports de forces entre les divers habitants de la petite ville.

Attention spoiler : j’ai été très déçue que l’enquête ne progresse pas d’un poil. Le but du réalisateur n’était pas visiblement de résoudre une énigme policière.

Mais…

Martin McDonagh dresse une galerie de portraits d’habitants de la campagne du sud des Etats Unis. Ils ont chacun un caractère bien trempé voire brutal et sans fard. Ils s’affrontent verbalement et physiquement. Les échanges se situent hors du champ du politiquement correct, entre fureur, insulte, humour et rudesse.

Les trois personnages principaux sont excellents :

Frances McDormand est une femme calme qui ne sourit jamais et étouffe son chagrin. Elle bouillonne et se cache derrière un bagout au vitriol.

Woody Harrelson campe un personnage touchant, complexe, sachant aussi manier l’humour noir à l’occasion.

Sam Rockwell ( Dixie) évolue tout au long du film et laisse filtrer finalement une humanité attachante.

Les autres personnages sont très intéressants aussi. Nous sommes loin du pays des bisounours, loin du pays des méchants et des gentils, même s’il y a au moins un vrai méchant.

La société dépeinte par Martin McDonagh dégage une humanité rude et passionnante née aux forceps, meurtrie par de multiples souffrances. (sociale, personnelle, historique certainement aussi). L’humour y côtoie le drame.

Un film vraiment à voir.

https://www.senscritique.com/film/3_Billboards_les_panneaux_de_la_vengeance/23227814

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« Quai des orfèvres » de Henri-Georges Clouzot *****

Finalement j’ai eu l’occasion de visionner un autre Henri-Georges Clouzot et je suis toujours autant éblouie par le réalisateur. Je n’avais jamais vu « Quai des orfèvres », tournée en 1947 en noir et blanc. Impossible d’être exhaustive pour parler d’un tel bijou. Je ne dévoilerai rien de l’intrigue.

Dans une première partie, tout se met petit à petit en place et mène à un crime. Dans une seconde partie plus longue, interviennent la police et l’inspecteur joué par Louis Jouvet. Implacable, il va remonter les pistes et défaire les éléments de la première partie, jusqu’à trouver l’assassin. Les détails menant au crime sont dévoilés puis mis à jour par l’inspecteur avec une précision chirurgicale.

Le film est aussi beaucoup plus qu’une intrigue policière. Il y a des personnages passionnants, si humains, chacun pris dans un prisme complexe. Les images sont d’une richesse incroyable. Chaque élément des décors semble avoir une place naturelle dans le déroulement du film et tout à la fois extrêmement travaillée. Le spectateur découvre le milieu du music hall ainsi que l’univers du quai des orfèvres avec ses bureaux légendaires et ses hordes de journalistes à l’affût des derniers éléments de l’enquête.

Les acteurs sont inoubliables. Suzy Delair en peste au grand coeur, Simone Renant joue avec grande classe et mystère, Bernard Blier se fragilisant au fur et à mesure du déroulement de l’intrigue. Louis Jouvet , génial inspecteur et père adoptif émouvant, avec des répliques rentrées dans les annales du cinéma.

Certaines réalisations actuelles paraissent bien fades au regard de ce film d’une si grande richesse.

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« Normandie nue » de Philippe Le Guay **

Ce film a beaucoup de choses pour plaire : un casting d’acteurs extrêmement sympathiques et doués, François Cluzet en tête ; il se passe en Normandie, bien filmée ici; c’est un film chorale très plaisant à regarder , le sujet pas forcément innovant peut prêter à la comédie.

D’autres aspects m’ont moins intéressée : je suis végétarienne, donc le plaidoyer pour la viande et les bouchers, c’est pas trop mon truc. Je n’ai pas trop compris en quoi la photo des nus allait faire avancer leur cause. La jalousie du boucher est à un moment assez violente et apporte un bémol à la dimension comique du film. La fin du film ne fait pas trop mouche, à mes yeux est un peu bâclée.

Je ne me suis pas ennuyée et suis restée captivée par l’histoire malgré tout.

https://www.senscritique.com/film/Normandie_nue/24775758

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« Seule sur la plage la nuit » de Hong-Sang So *

Dans une courte première partie, Young-Hee est en Allemagne chez une amie, elle mange une saucisse, se promène et s’extasie dans un parc, achète une partition dans une librairie, déjeune avec des amis. On apprend qu’elle vient de rompre avec avec un homme marié.

Dans une seconde partie, Young-Hee est de retour en Corée. Elle va au cinéma, va boire un verre dans un café, mange et boit avec des amis, va en bord de mer et se couche sur la plage.  Des propos d’une banalité consternante alternent avec des considérations sur l’amour (lesquelles ne m’ont pas vraiment interpelée). Vers la fin du film on en apprend un peu davantage sur elle.

Je n’ai pas trouvé la réalisation exceptionnelle. Kim Min-Hee est l’atout essentiel du film par ailleurs assez confus et sans réel intérêt à mes yeux.

https://www.senscritique.com/film/Seule_sur_la_plage_la_nuit/24389708

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« Vers la lumière » de Naomi Kawase **

Misako est « audiodescriptrice », avec l’aide d’un groupe de personnes malvoyantes, elle prépare le texte d’un film. Elle rencontre Masaya, un photographe qui perd la vue progressivement. Misako passe régulièrement à la campagne chez sa mère atteinte de la maladie d’Alzheimer.

Traduire des images par des mots pour nourrir l’imagination d’une personne malvoyante, c’est la travail inverse de l’adaptation cinématographique d’un livre. Pour l’audiodescription la précision est essentielle, trop de subjectivité rend le texte intrusif.

Le film dans le film est bien choisi, parce court et complexe à la fois.

Mais reproduire un film par le langage, c’est aussi autre chose que juste mettre des mots sur des images. Il y a toute une immersion à créer et une atmosphère à rendre palpable.

Naomi Kawase pointe ces difficultés dans un film aux multiples gros plans sur les visages et les regards et aux belles photos campagnardes.

Le personnage de Misako dégage une certaine ingénuité, la délicatesse devient de la naïveté. Le film ressemble parfois à un dessin animé japonais pour enfants. Cela peut un peu rebuter.

J’ai apprécié le film mais sans plus.

https://www.senscritique.com/film/Vers_la_lumiere/23347593

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« Les heures sombres » de Joe Wright *****

Joe Wright raconte quelques jours de la vie de Winston Churchill, en mai 1940, à partir de sa nomination au 10 Downing street, jusqu’à l’évacuation des troupes anglaises de Dunkerque par des bateaux privés et son discours de résistance et de non soumission devant le parlement. Je conseille de voir le film en VOST, tant le phrasé de Gary Oldman, sa voix et les émotions qui s’en dégagent sont importants.

Le film est en effet essentiellement discursif, alternant répliques lapidaires teintées d’humour et discours enflammés. Des discours qui sont tout sauf de la communication ! D’authentiques discours politiques et guerriers, capables de porter la ferveur du peuple.

C’est le premier grand film de l’année (qui commence brillamment, déjà avec le cycle Clouzot). Le scénario et la mise en scène d’un film ne peuvent certainement pas être à la hauteur d’un tel personnage et des enjeux historiques de cette sombre époque, mais ici peu s’en faut.

Dans un clair obscur qui crée des jeux d’ombre et de lumière, se détache la ronde silhouette de Winston Churchill, avec son chapeau, son cigare, son verre à la main, écrasé par des responsabilités impensables pour un seul homme.

Des reconstitutions de Londres, d’un état major souterrain, de palais et demeures, des prises de vue créatives, parfois aériennes font de ce film une épopée flamboyante, avec une dimension intime -Churchill chez lui avec sa femme près de son chat- rythmée par du suspense et de l’émotion.

Il m’est impossible d’être exhaustive dans mes descriptions. Ce que je retiens essentiellement, c’est la dimension extrêmement humaine donnée par Joe Wright à son personnage, acculé, ne trouvant plus ses mots, pris dans ses humeurs, ses doutes, ses failles, qui ploie, mais finalement ne rompt pas.

Un des plus extraordinaires exemples historiques de résistance à la tyrannie.

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« L’assassin habite au 21 » de Henri-Georges Clouzot *****

Ces jours-ci les cinémas d’art et d’essai proposaient un cycle Henri-Georges Clouzot, je n’ai pu voir que « L’assassin habite au 21 », sorti en 1942 et premier long métrage du cinéaste. Ce n’est pas par snobisme ni par passéisme que j’attribue 5 étoiles à ce film. J’ai été complètement sous le charme, éblouie par tant de maîtrise et de virtuosité. Pierre Fresnay et Suzy Delair sont prodigieux, ils font honneur à la profession d’acteur ; les seconds rôles ne sont pas sans saveur. Les dialogues piqués d’humour font du film une véritable comédie policière laquelle se moque un peu (surtout vers la fin) d’être tout à fait vraisemblable. Le noir et blanc est parfaitement exploité, le film n’a rien de vieillot, au contraire astucieux. Je n’en dirai pas davantage et vous laisse si vous en avez l’occasion découvrir ou redécouvrir ce petit bijou … Avec l’intention de me procurer un coffret Clouzot.

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