« L’Incroyable Histoire du facteur Cheval » de Nils Tavernier ****

Je recommande ce film qui mène hors du temps, des canons et des normes.

J’ai trouvé :

  • les couleurs des chemins et des saisons de la Drôme,  lumineuses, qu’elles soient froides ou chaudes
  • La construction et l’architecture du palais idéal du facteur Cheval vraiment dignes d’être enfin portées sur grand écran, ici avec des beaux cadrages.
  •  Bienfaisante, l’histoire de cet homme humble, accablé par les drames, taiseux, très timide, mais poète, artiste, marchant 30 kms par jour pour ses tournées de facteur, à l’écoute des oiseaux, des arbres et de ses rêves.
  • Son histoire d’amour peu ordinaire qui sonne juste
  • L’amour réciproque magnifique du père et de la fille
  • L’atmosphère rustique, faite de retenue, de pudeur.
  • Le jeu exceptionnel de Jacques Gamblin qu’on ne reconnaît pas.

J’ai vraiment eu un coup de coeur pour la façon dont Nils Tavernier raconte cette histoire extraordinaire d’un homme très simple qui met sa vie , son âme, ses sentiments dans l’élaboration quotidienne de la seule oeuvre d’architecture naïve au monde, qui passe sa vie à bâtir un palais pour celles qu’il aime, comme l’aurait fait un souverain de l’Egypte ancienne.

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« Les invisibles » de Louis-Julien Petit ****

Audrey et Manu  (Audrey Lamy et Corinne Masiero), des travailleuses sociales investies corps et âme dans leur mission, travaillent à l’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes à la rue. Leur équipe se complète de bénévoles dont Hélène (Noémie Lvovsky), une femme fantaisiste en instance de divorce et de salariées dont Angélique (Déborah Lukumunea).

Presque toutes les bénéficiaires du centre jouent leur propre rôle ce qui donne au film un aspect documentaire et très sincère. Leur journée : prendre une douche, laver le linger, déjeuner, trouver du répit et du réconfort.

Mais les autorités sociales reprochent à Manu et Audrey de trop chouchouter les femmes et de ne trouver pour elles aucune solution d’insertion, l’Envol risque d’être fermé. Dans le même temps, les femmes à la rue sont « délogées » du quartier où elles campent et invitées à rejoindre un centre de nuit situé à 50 km de l’Envol.

Manu et son équipe cherchent coûte que coûte des solutions pour aider ces femmes à retrouver une place dans la société.

Résumé ainsi, cela semble être un film social comme les autres, mais c’est tout autre chose. Filmé avec discrétion et sans ambition cinématographique d’ordre esthétique, « Les invisibles » est davantage un film à messages multiples.

La situation des femmes sans abri est décrite en quelques événements significatifs, vraiment saisissants : le délogement des femmes à 5h du matin par les CRS, les protections mises sur les divers lieux communaux qui pourraient être des aires de repos…

On admire l’implication des travailleuses sociales qui mouillent vraiment leur chemise et portent les soucis de ces femmes à bras-le-corps.

La justesse du jeu des femmes crève l’écran. L’humour et la fantaisie sont bienvenus et salvateurs, tant l’insécurité et le manque d’espoir plombent leurs existence à reconstruire.

Des questions essentielles restent posées même si le scénariste esquisse des réponses : faut-il vraiment ne pas « chouchouter », « porter à bout de bras » des personnes en extrême difficulté ? Des lieux de répit et rassurants doivent-ils être supprimés s’ils ne sont pas rentables en terme d’insertion ? La logique comptable des technocrates du monde social est-elle compatible avec ce monde de vies brisées ?

Un film à ne pas manquer.

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« Edmond » de Alexis Michalik *****

L’histoire commence en 1895.  Le dramaturge Edmond Rostand marié à Rosemonde Gérard et père d’un enfant, est en panne d’inspiration, malgré le soutien indéfectible de l’actrice Sarah Bernhardt.

Deux ans plus tard, le célèbre acteur Constant Coquelin le contacte et lui demande de mettre en scène une pièce… qu’Edmond n’a pas encore écrite. Deux mafieux corses vont financer ce projet théâtral, une des plus époustouflante aventure artistique de l’Histoire. Edmond Rostand écrit et met en scène « Cyrano de Bergerac » en quelques semaines, avec des décors impressionnants, en s’inspirant d’une histoire épistolaire qu’il vit simultanément.

J’ai adhéré avec un énorme enthousiasme au récit endiablé de la genèse de « Cyrano », récit parsemé d’épisodes truculents -j’ignore s’ils ont eu lieu-, joué avec énergie et bonne humeur, mettant sur un réel piédestal ce si célèbre texte.

J’ai littéralement plongé avec plaisir dans ce Paris de la fin du 19ème siècle avec son histoire et ses célébrités, palpable grâce à des décors et des costumes travaillés dans le détail.

Fidèle à l’esprit de la pièce d’Edmond Rostand, on peut dire que ce film superbe, au rythme effréné, a bien du panache !

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« Asako I § II » de Ryusuke Hamaguchi ****

Osaka, de nos jours. Alors qu’elle visite une exposition de photos, Asako croise Baku. Il l’aborde et l’embrasse à la sortie du musée. Commence une passion entre Asako et Baku. Celui-ci est fantasque et imprévisible, avec un look adolescent bohème. Un jour il part sans donner de nouvelles.

Deux ans plus tard, Asako travaille à Tokyo dans un café. Elle fait la connaissance de Ryohei, un commercial, véritable sosie de Baku, version costume cravate. S’en suit une relation durable, équilibrée, avec beaucoup d’amour.

Mais 5 ans plus tard, Baku refait surface. Pendant toutes ces années, Asako est entourée d’amis, dont les personnalités sont développées par le réalisateur. Elle a un chat qui a un certain rôle (Il m’a fait penser au chat d’Audrey Hepburn, dans « diamants sur canapé ».)

Comme on peut le lire dans la presse, ce thème de l’amant qui ressemble à un premier amant est abordé de mémoire dans un seul film : Vertigo » de Hitchcock. La comparaison s’arrête là, « Asako » n’est pas un thriller, de plus le rapport entre Baku et Ryohei n’est pas celui des femmes de « Vertigo ».

Ceci dit, j’ai énormément aimé « Asako » , je l’ai d’ailleurs nettement préféré à « Senses ». L’histoire a davantage de relief, de péripéties et de sens, très bien écrite. De la finesse et de belles images.

Hamaguchi y rend un hommage discret et émouvant aux victimes de Fukushima.

Sa réflexion sur l’amour dans un couple est très intéressante, montrant qu’il faut aller bien au-delà des apparences pour comprendre les choses.

Encore un très bon film pour ce début d’année.

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« Qui a tué Lady Winsley ? » de Hiner Saleem ****

Le beau et ténébreux inspecteur Fergün débarque d’Istanbul sur une île turque et se présente à la morgue où se trouve le cadavre d’une romancière américaine, Lady Winsley. Il prend la relève du commissaire de l’île pour mener l’enquête sur ce décès qui est en réalité un meurtre.

L’inspecteur Fergün loge chez Azra, dans un hôtel insulaire. Il fait progressivement la connaissance des habitants de l’île, presque tous cousins, ancrés dans leurs traditions paternalistes et leurs secrets. Les soupçons se posent bientôt sur le vétérinaire de l’île.

Grâce à des recherches d’ADN il s’approche de la vérité, lorsque la presse locale s’acharne sur ses origines kurdes.

Hiner Saleem nous offre une véritable galerie de portraits, avec des plans et des séquences assez burlesques (tous les hommes buvant le café…)

« Qui a tué Lady Winsley » est un petit film sans aucune prétention, doté d’un humour caustique auquel j’ai bien accroché et d’une ambiance méditerranéenne hivernale pittoresque plaisante. Hautement politique aussi, Hiner Saleem règle ses comptes avec le racisme anti-kurde présent en Turquie.

Encore un polar captivant, intéressant à découvrir pour ce début d’année.

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« Un beau voyou » de Lucas Bernard ***

Voici pour commencer l’année, un film très plaisant, pendant lequel on ne voit pas le temps passer, avec un humour décalé pas toujours politiquement correct.

Le commissaire Beffrois vit seul, même si ses fils ont laissé des affaires chez lui. Avec sa femme, il visitait régulièrement les musées d’art. Il approche de la retraite et règle les affaires courantes avec un certain détachement nonchalant et ironique.

L’histoire d’un voleur de tableau qui opère par les toits de Paris le captive, il y met toute sa détermination, malgré l’arrêt de ses activités professionnelles. On fait par ailleurs la connaissance du cambrioleur, un escroc malin également ironique. Plusieurs personnes intéressantes sont mêlées à l’enquête.

Dans ce film à l’ambiance parisienne teintée d’humour noir, point de violence, d’agitation; C’est une enquête à l’ancienne avec étude fine des caractères, en rapport avec le milieu de l’art.

Les comédiens s’en donnent à coeur joie, campant leur rôle avec enthousiasme.

Un film tout à fait original que je conseille chaudement.

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« Miraï ma petite soeur » de Mamoru Hosoda **

Je suis le cinéma de Mamoru Hosoda, j’avais particulièrement aimé « les enfants loups ».

Kun est un jeune enfant qui vit avec ses parents et son chien jusqu’à l’arrivée de Miraï, sa petite soeur. C’est un moment très difficile pour lui, des émotions, des pensées variées et contradictoires le traversent. Il trouve refuge dans le jardin de la maison, où son imagination, au contact d’un arbre le fait voyager aux côtés des membres de sa famille à différents âges.

Les histoires que racontent ses parents autour des albums photo alimentent ces sauts dans l’imaginaire.

Le film se déroule ainsi selon différents modes : sur un mode réaliste et parfois drôle, sur un mode métaphorique avec en l’occurence un cauchemar mémorable.

Ce n’est pas le film que je préfère chez ce cinéaste, j’y ai trouvé quelques longueurs et parfois il est très infantilisant, malgré une forme complexe pour les plus petits à qui il s’adresse pourtant.

Quelques très beaux dessins en font tout de même un film d’animation de qualité.

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