« Le poulain » de Mathieu Sapin ***

Arnaud Jaurès, 25 ans, rejoint l’équipe de campagne d’une candidate des primaires dans le cadre des présidentielles, en tant qu’assistant de l’attachée de communication, la caustique Agnès Karadzic.

Dans la lignée de « quai d’Orsay », le film de Mathieu Sapin qui explore les coulisses d’une campagne électorale en France, n’est pas une franche comédie, plutôt une satire de la vie politico-médiatique française. Alexandra Lamy excelle dans son rôle.

Les protagonistes, tantôt manipulateurs, tantôt opportunistes, surfant sur l’actualité et le réel grâce aux médias ou à une connaissance abstraite ou de seconde main de la vraie vie, donnent une image assez pitoyable de la caste politique.

Pris dans leurs stratégies diverses ou leur besoin de séduire, ils semblent éloignés de toute réelle conviction et des préoccupations des électeurs.

Le constat final est plutôt amer et certainement bien vu.

https://www.senscritique.com/film/Le_Poulain/27659215

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« Mademoiselle de Joncquières » de Emmanuel Mouret ****

Je recommande chaudement cet excellent film d’Emmanuel Mouret inspiré par l’oeuvre de Denis Diderot.

Madame de la Pommeraye, jeune veuve aristocrate,  se laisse séduire par le libertin marquis des Arcis, qui la courtise depuis de nombreux mois. Mais  il finit par la délaisser, le couple rompt et les amants redeviennent amis.

Mme de la Pommeraye ourdit une vengeance contre le marquis, faisant intervenir Mme de Joncquières et sa fille, deux courtisanes.

J’ai réellement tout aimé dans ce film : la limpidité, la richesse et la fluidité du scénario, la grande qualité du texte et de sa diction par les comédiens, la fraîcheur et les détails des décors tant intérieurs qu’extérieurs, le choix des costumes, l’accompagnement musical adéquat à l’action.

L’histoire dans un premier temps sulfureuse est assez jubilatoire, pour qui approuve la vengeance de Mme de Pommeraye. Puis elle prend des virages, se complexifie et la morale n’est pas celle que l’on croyait. Ceci marque une grande différence par rapport à Choderlos de Laclos et ses « liaisons dangereuses ».

Une oeuvre de choix dans le paysage cinématographique français.

https://www.senscritique.com/film/Mademoiselle_de_Joncquieres/31733278

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« Photo de famille » de Cécilia Rouaud **

Dans la famille, il y a le père, divorcé et en ménage avec une jeune femme ; la mère, psychanalyste restée en contact avec la grand-mère ; la grand-mère paternelle atteinte de troubles de la mémoire ; le fils, informaticien doué et dépressif ; la fille, artiste de rue ; une autre fille désolée de ne pas tomber enceinte ; le petit-fils, qui préfèrerait vivre chez son père …

Et un casting très sympathique : Jean-Pierre Bacri, Chantal Lauby, Vanessa Paradis, Camille Cottin, Pierre Deladonchamps …

Ceci dit, je n’ai pas vraiment été captivée, peut-être parce que le film oscille entre comédie et drame (par exemple la triste situation de la grand-mère) prenant un virage plutôt triste qui dénote avec le reste. Je n’ai pas été convaincue par les personnages et leurs relations, que j’ai trouvé artificiels.

Ceci dit « Photo de famille » reste un film agréable à regarder avec de bons jeux d’acteurs.

https://www.senscritique.com/film/Photo_de_famille/25000765

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« Burning » de Lee Chang-Dong **

Jong-Soo jeune homme timide de condition modeste, est livreur en attendant de devenir écrivain. Sa mère les a abandonnés lui et sa soeur, enfants, les laissant seuls à la campagne avec un père que Jong-Soo déteste.

Jong-soo rencontre par hasard Haemi, une amie d’enfance, de condition modeste et encore plus paumée que lui. Ils deviennent amants. En départ pour le Kenya, Haemi demande à Jong-Soo de s’occuper de son chat.

Lors du retour d’Afrique, Haemi revient accompagnée de Ben un riche jeune homme qui vit à Séoul dans le quartier huppé de Gangnam.

Ben semble se jouer de Jong-soo tout en séduisant Haemi.

Ce film a beaucoup pour plaire : une magnifique photographie, une réalisation fluide, un choix de musique pertinent. Lee Chang-Dong distille le mystère en ne révélant jamais la vérité, si ce n’est celle de la passion dévorante de Jong-Soo. Il sème des indices, des paroles, que le spectateur peut interpréter, menant cependant celui-ci inexorablement au final.

J’ai pourtant trouvé le temps long (près de 2h30) et je ne suis pas rentrée dans l’histoire, pas vraiment intéressée par les personnages, sortant du cinéma avec peu d’émotions et un sentiment de vacuité. Mais ce n’est que mon ressenti, consciente que ce film a inspiré nombre de critiques élogieuses.

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« Guy » de Alex Lutz ****

J’avoue, je suis tombée dans le panneau : pendant un certain temps après avoir vu la bande-annonce et la campagne publicitaire lancée par les cinémas strasbourgeois, j’ai cru à l’existence réelle de Guy Jamet. Je me demandais comment j’avais fait pour, à mon âge, rater cet homme et surtout son tube « Dadidou ».

Bon .. au moment d’aller voir le film j’avais compris que c’était un faux documentaire. Le début ressemble à un documentaire avec l’inclusion de pseudo vieilles images, mais le film fait ensuite penser à ces vidéos furtives familiales, lorsqu’on filme les gens qu’on apprécie.

Le coup de maître d’Alex Lutz est double : parvenir à faire croire à l’existence de son personnage ; créer de toutes pièces et de façon très crédible un personnage dans sa singularité très détaillée, réaliste et originale. Guy Jamet, non seulement a de la voix, mais il a un humour qui lui est propre, une nonchalance désabusée et tendre, beaucoup de finesse.

On finit par être touché par ce chanteur des années pop, à présent septuagénaire avec un passé de crooner. Mais Guy Jamet est toujours plein de ressources.

Des surprises attendent le spectateur tout au long du film, je ne citerai que l’interprétation pleine de sensibilité d’une chanson de Charlebois.

Mention spéciale aux compositeurs Vincent Blanchard et Romain Greffe, dont la chanson principale aurait pu être un tube et me trotte encore dans la tête.

Vous l’aurez compris, ce film est un coup de coeur.

https://www.senscritique.com/film/Guy/29828424

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Du 14 au 23 septembre à Strasbourg : Festival européen du film fantastique

Le Festival européen du film fantastique de Strasbourg va entamer sa 11e édition du 14 au 23 septembre 2018.

En plus des traditionnelles sections de programmation, à savoir la compétition internationale de films fantastiques, la compétition internationale de Crossovers et les Midnight Movies, le Festival lance, à compter de cette année, une compétition internationale de films d’animation.

Cette section, soutenue par la Région Grand Est, vise à mettre en valeur la diversité et l’originalité du cinéma d’animation. Si le cinéma d’animation est bien souvent empreint d’onirisme, il aborde également des sujets politiques, sociaux ou traite des conflits armés de manière très réaliste.

le Festival européen du film fantastique de Strasbourg aura le plaisir d’accueillir le réalisateur américain John Landis en tant qu’invité d’honneur.

Grand cinéphile, John Landis quitte le lycée et commence sa carrière en se faisant embaucher comme coursier à la 20th Century Fox. Il enchainera plusieurs métiers dont celui d’acteur puis de cascadeur sur plusieurs wester spaghettis tournés en Espagne à la fin des années 60 avant d’écrire et de , son premier long-métrage, hommage aux films de monstres. Réalisateur de plusieurs comédies et de blockbusters à succès tels Trois Amigos !, Un fauteuil pour deux, Un Prince à Le Flic de Beverly Hills 3 avec Eddie Murphy ou encore avec Michelle Pfeiffer, il réussit le tour de force de rassembler Ray Charles, Aretha Franklin, Cab Calloway, John Lee Hooker et James Brown à l’écran dans la comédie musicale Les Blues Brothers
John Landis recevra un prix d’honneur pour l’ensemble de sa carrière lors de la cérémonie d’ouverture du Festival le vendredi 14 septembre, puis prêtera à l’exercice d’une master classe le dimanche 16 septembre et une séance exceptionnelle des Blues Brothers. Une rétrospective sélective permettra de redécouvrir ses films sur grand écran.

A Strasbourg, aux cinémas Star, Vox et UGC ciné cité.

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A découvrir « Reconstruction » de Jules Tardif – Interview du réalisateur

« Reconstruction » de Jules Tardif est un court métrage d’une vingtaine de minutes, en langue anglaise, se déroulant dans un appartement. Un homme y vit, prostré. Des amis lui rendent visite et tentent de le raisonner.

Dans une chambre d’enfant, il construit des buildings avec des legos.

Le court métrage se déroule selon un rythme travaillé et captivant, enchaînant dialogues, errance, gros plans, scènes de désespoir, de colère et d’apaisement. La place de la musique est pertinente.

Jules Tardif va à l’essentiel, grâce à des images éloquentes et des textes sobres.

Entretien avec Jules Tardif, réalisateur français résidant à New York.

« Comment présenteriez-vous votre univers?

La notion de passé est très importante. Quel que soit le genre, je cherche d’avantage à présenter des personnages en perte de contrôle, au bord de la crise de nerfs. Des rêveurs qui ont tout perdu mais qui continue de s’accrocher désespérément à ce qui leur manque, car c’est la dernière chose qui leur permet de ne pas sombrer. J’ai réalisé deux films, un troisième est actuellement en route. Malgré leurs fortes différences de forme et de ton, je pense que ces œuvres se rejoignent sur ce point: mes personnages refusent de laisser tomber, souvent à tort. Leur salut résidera alors dans leur capacité à aller de l’avant.

Vous êtes également assistant réalisateur ?

Oui, c’est un métier assez méconnu du grand public. L’assistant réalisateur fait le lien entre la production et les différents départements sur le plateau. Il est en charge de l’organisation et de l’aspect logistique. C’est quelque part le maître du temps ! C’est un rôle assez hybride. On est considéré comme un technicien par le producteur et comme un producteur par le technicien. J’adore ça ! J’ai appris tellement plus sur l’art de créer des films en travaillant à ce poste que durant mes trois ans d’études à Paris. C’était aussi pour moi une formidable porte d’entrée dans le cinéma car j’y ai construit tout mon réseau. Par exemple, mon deuxième film a été produit par un producteur que j’ai rencontré en tournage (JayNemar Smith). Il a lu mon script Love Story et si aujourd’hui ce film entre en festival, c’est en grande partie grâce à lui. Il l’a rendu possible !

Pourquoi New York ?

Quand on est cinéphile les USA, ça fait rêver. Pourtant je me suis retrouvé sur New York par hasard. C’est mon parcours, mes différents choix qui m’ont amené vers cette ville magique. Voilà maintenant plus de deux ans que j’y réside et je n’ai qu’un souhait: y rester ! Il faut s’accrocher. Le milieu du cinéma n’est pas «facile» pour ainsi dire, mais si on travaille dur, et qu’on ne lâche pas le morceau, alors il y a quelque choses à construire et beaucoup d’expériences géniales à la clé.

La suite ?

Mon deuxième film ouvre sa campagne festival en septembre, c’est une période excitante car c’est l’occasion de présenter son travail au monde de l’industrie. On est confronté aux critiques et on fait de belles rencontres, aussi bien humaines que professionnelles. Mon script de long métrage Out of Time Man a été accepté dans quelques compétitions. C’est l’occasion de démarcher des investisseurs. On arrête jamais de développer notre réseau. Côté assistanat de réalisation, je continue de travailler en freelance, je rencontre de nouvelles équipes régulièrement, je travaille sur des plateaux de plus en plus importants et j’accrois mes ambitions. »

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