« La Daronne » de Jean-Paul Salomé ***/****

Patience Portefeux, veuve, mère de deux filles et amante d’un commandant de police, titulaire d’un doctorat de langue Arabe est traductrice franco-arabe à la brigade des stupéfiants.

Elle vit à Belleville au milieu de la communauté chinoise et s’occupe de sa mère soignée en EHPAD.

Un jour, elle trouve, grâce aux écoutes, la planque d’une quantité énorme de drogue.

J’ai adoré l’humour de ce film, même si l’histoire semble assez invraisemblable. C’est un film de caricaturiste, avec des caricatures (au bon sens du terme) (osées dans le politiquement incorrect) souvent hilarantes.

Isabelle Huppert est incroyable, ce rôle d’intellectuelle délinquante déjantée lui va comme un gant. Les autres rôles féminins sont très réussis aussi (Mme Fo -Jade Nadja Nguyen, Kadidja – Farida Ouchani, la mère de patience – Liliane Rovère). Philippe -Hippolyte Girardot est moins naïf qu’il n’y paraît.

Vraiment je conseille !

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« Effacer l’historique » de Gustave Kervern et Benoît Delépine ****

Marie Dehoux, Bertrand Pitorin et Christine, d’anciens gilets jaunes devenus amis, vivent en zone pavillonnaire dans le Nord de la France. Marie, séparée, endettée, alcoolique dans ses moments de déprime se trouve victime d’un chantage à la sextape. Bertrand, serrurier dans une zone commerciale, veuf et père d’une adolescente, endetté, à la recherche d’une âme soeur, essaie d’aider sa fille, victime de harcèlement sur Facebook. Christine, conductrice de VTC, virée de son ancien travail à cause de son addiction aux séries, n’arrive pas à obtenir d’étoiles sur internet pour son commerce.

Ensemble, ils vont essayer de combattre les pièges de ce monde virtuel.

J’ai adoré cette comédie touchante et décapante, un peu onirique voire fantastique sur la fin, au fond désespérée, où seule l’amitié fait sens. Et voici enfin une comédie dont les meilleurs gags ne figurent pas dans la bande-annonce !

Un casting sur mesure, des rôles parfaitement interprétés  : Blanche Gardin, Denis Podalydès, Corinne Masiero, Jean Dujardin (en photo), Bouli Lanners, Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Vincent Dedienne, Houellebecq, Philippe Reboot …

J’ai complètement adhéré à l’humour féroce et subtil, avec un gag toutes les 2 minutes et l’un ou l’autre gag un peu trash à la Blanche Gardin.

Gustave Kervern et Benoît Delépine passent à la moulinette les travers de la société connectée et dominée par les GAFA. Ils dépeignent des personnages broyés par le système, mais heureusement pas déshumanisés.

A ne pas manquer !

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« Tenet » de Christopher Nolan ***

Un des grands manipulateurs du temps (en tout cas du temps pensé) est le cinéma avec les possibilités qu’offrent images, montage et musique : sauts spatio-temporels, temps inversé, rallongé, écourté, franchi dans un sens ou dans l’autre avec des ellipses… Christopher Nolan est devenu maître dans cet art du jeu avec le temps imaginé.

C’est avec le cerveau en ébullition que je suis sortie de la salle : film écrit sous cocaïne, ou par une personne qui vient du futur ?

Les textes dits rapidement utilisent un vocabulaire scientifique, technique pour initiés et une logique à laquelle parfois manquent quelques maillons. Les actions qui s’en suivent sont tout aussi véloces et parfois s’enchaînent on ne sait trop pourquoi.

Cela dit, je trouve que l’intrigue et l’idée de départ sont bien trouvées, passionnantes et font un excellent scénario pour un thriller d’espionnage fantastique. Les acteurs se prennent au jeu, je retiens quelques scènes mémorables (avec l’avion ou les catamarans), bien sûr les scènes inversées font mouche. Est-ce grave de ne pas tout comprendre (pourquoi font-ils sauter la bombe ? Pourquoi certains personnages inversés se trouvent loin dans le passé ?..) Quoiqu’il en soit j’ai apprécié « Tenet », peut-être à revoir …!

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« Lands of murders » de Christian Alvart ****

De « La Isla Minima » projeté en salles en juillet 2015, j’ai retenu l’atmosphère sombre, les paysages aériens, la musique envoûtante, les tensions liées au contexte post-franquiste et la noirceur de l’intrigue.

Si « Lands of murders » reprend la même histoire dans l’Allemagne réunifiée des années 1990, je n’ai pas trouvé le film redondant, n’ayant plus les détails du film espagnol en tête. Retrouver une ambiance ne m’a pas posé problème. Et celle de « Lands of murders » est pesante à souhait.

Comme dans quelques thrillers que j’ai beaucoup aimés (les films coréens ou certains tournées en Louisiane, comme « dans la brume électrique »), j’ai retrouvé cette ambiance poisseuse, marécageuse, pluvieuse avec des friches industrielles ; cet univers d’individus taiseux, où nul n’a les mains propres ; où le peu de vérité accessible est extirpée avec des moyens peu orthodoxes et souvent connue par hasard.

La solution de l’énigme est moins intéressante que le déroulement de l’enquête au milieu de ces personnages inquiétants. L’hôtel miteux où logent les policiers est un concentré de cet univers post communiste.

Amateurs de polars sombres, vous allez apprécier.

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« Lucky Strike » de Kim Yong-Hoon ***

Joong-Man occupe un emploi précaire dans un sauna à proximité d’un hôtel chic. Il est marié et s’occupe de sa mère handicapée. Un soir, il trouve un sac Vuitton dans un casier du sauna. Peu de temps après il se fait licencier pour un retard indépendant de sa volonté. Le cinéaste nous fait partager les journées d’autres protagonistes dans une temporalité éclatée et décalée.  Le tout finit par prendre du sens…

Kim Yong-Hoon a écrit un thriller sanglant, malin dans la tradition des thrillers coréens poisseux de ces dernières années.

Si vous êtes amateur du genre je vous conseille ce film, vous ne serez pas déçus. Laissez-vous juste emporter pour un moment de divertissement de bonne qualité. Le film n’est pas profond mais assez satisfaisant dans son aboutissement.

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« De Gaulle » de Gabriel Le Bomin ***/****

L’action se déroule pendant deux semaines entre la France et la Grande Bretagne en juin 1940.

Après une introduction inattendue qui fait craindre le pire, le spectateur découvre la famille du colonel Charles De Gaulle au grand complet lors d’un déjeuner de famille. C’est une famille unie, bourgeoise, croyante. Charles et Yvonne De Gaulle sont très soudés.

Le colonel est peu de temps après appelé sur le front à Abbeville et s’oppose en vain aux décisions militaires de l’Etat Major. Nommé Général, s’il rejoint ensuite le gouvernement, il n’en reste pas moins opposé aux autres militaires prêts à accepter la défaite de la France et à refuser toute alliance stratégique avec la Grande Bretagne.

Alors qu’en pleine débâcle, sa femme et ses enfants partent vers l’ouest de la France, le Général peine à se faire entendre et à trouver sa place au sein du gouvernement.

Les choses se précipitent, le général De Gaulle part à Londres sans nouvelles de sa famille qui cherche à quitter la France.

Je suis loin d’être une spécialiste de cette période de l’Histoire et je dois dire que le film m’a rafraichi la mémoire. S’il oscille entre la vie familiale du général De Gaulle et sa vie politique, il est construit comme un thriller historique et romanesque, ce qui a captivé mon intérêt. Les reconstitutions sont toujours impressionnantes dans ce genre de film.

Les discussions entre Churchill et De Gaulle ont du panache.

Un film à voir comme introduction à une biographie du grand homme.

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« Les parfums » de Grégory Magne ****

« Les parfums » est une excellente surprise, un film très plaisant, léger, agréable, avec pourtant de la profondeur.

Guillaume Favre (touchant Grégory Montel) est chauffeur de luxe. Il peine à joindre les deux bouts et cherche à louer un appartement correct dans le but d’obtenir la garde de sa fille de 10 ans une semaine sur 2.

Alors qu’il n’ a presque plus de points sur son permis, il est embauché par Mlle Anne Walberg (excellente Emmanuelle Devos), une femme solitaire et froide, dont la profession est aussi intrigante qu’originale.

Le film est centré sur l’amitié entre ces deux écorchés, laquelle va porter l’un et l’autre et aider chacun à guérir de ses blessures.

Grégory Magne élabore le portrait de 2 personnalités intéressantes et atypiques avec beaucoup de finesse psychologique. L’histoire est originale, les dialogues font mouche. Il met en scène une amitié sincère entre un homme et une femme, ce qui est rare au cinéma.

J’ai retrouvé cette légèreté dans des films comme « Le goût des merveilles » de Eric Besnard ou « Tous les soleils » de Philippe Claudel, des films également sans thèse ni violence, sans prise de tête, qui distillent un plaisir partagé et une histoire profonde.

Je conseille vivement.

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« L’affaire Marvin » de Lewis Eizykman ****

J’ai eu un gros coup de coeur pour ce petit bijou d’humour et d’intelligence, à la réalisation astucieuse, sorti peu de temps avant le confinement.

Lewis Eizykman a réalisé de manière indépendante ce long métrage en 2018, sorti sur les écrans en janvier 2020.

Il s’agit d’un faux documentaire dont le point de départ est l’illustration de l’effet papillon. Ou comment un événement totalement anecdotique, à savoir un chat qui part de chez lui parce qu’il n’aime pas ses nouvelles croquettes, va, de fil en aiguille, provoquer la plus grosse crise économique de tous les temps.

Après une belle carrière en festivals et une petite sortie cinéma un peu écourtée pour cause de Covid-19, le film peut être visionné gratuitement en ligne sur YouTube :

Si vous avez une heure devant vous, je vous conseille vivement de regarder « l’affaire Marvin » .

Film à regarder absolument jusqu’au bout !

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« Un fils » de Mehdi M. Barsaoui ****

2011 en Tunisie, la Libye proche est très instable. Fares, Meriem et leur fils de 11 ans, Aziz forment une famille moderne et aisée. Ils participent à une fête entre amis. Sur le chemin du retour ils sont la cible de terroristes dans le désert aux alentours de Tataouine.

Ce film est sorti avant le confinement je viens de le voir après avoir lu d’excellentes critiques méritées. Je n’en dirai pas davantage, dommage de gâcher le suspense.

« Un fils » est un film très équilibré, tout en retenue, à l’image soignée et précise offrant de beaux plans de visages. Le cinéaste parle d’abord du couple en crise, des sentiments et de la filiation.

Il y a tout un contexte : géopolitique, médical, culturel, sociétal, bien intégré au scénario. Ce monde est parfois miné par la corruption, parfois intègre et professionnel.

L’histoire construite comme un thriller tient en haleine, le suspense est savamment distillé, les acteurs font la crédibilité de l’intrigue.

Mehdi M. Barsaoui offre un cinéma intelligent et sensible, un film à ne pas manquer.

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« L’ombre de Staline » de Agnieszka Holland *****

Dans un lieu indéfini, un écrivain, on devine Georges Orwell, est en train d’écrire « la ferme des animaux ».

Agnieszka Holland nous emmène ensuite en Angleterre en 1933. Le journaliste Gareth Jones fait part de son interview de Hitler à l’équipe de son employeur Lloyd George. Le journaliste peine à les convaincre qu’Hitler a des ambitions guerrières. Licencié par Lloyd George, il part en tant que journaliste indépendant à Moscou dans le but d’interviewer Staline. Gareth Jones aimerait comprendre comment Staline finance tous ses projets industriels et militaires.

Arrivé à Moscou, il descend à l’hôtel « Metropole » et apprend que son ami et correspondant a été assassiné alors qu’il s’intéressait aux événements en Ukraine. Il découvre la vie ambiguë des journalistes à Moscou, dont celle du journaliste américain Walter Duranty.

Les choses se compliquent, Gareth Jones part en Ukraine à la recherche de la vérité.

Grâce à une réalisation fine et minutieuse, une photographie immersive, des images soignées, souvent minimalistes et faisant mouche, le regard de la réalisatrice accompagne les investigations de Gareth Jones, en les empreignant d’émotion, de suspense et aussi de noirceur.

Le film reste humble : ni leçon d’histoire, ni leçon de morale, il montre que la vérité historique ne va pas de soi et présente les événements à hauteur d’un témoin.  L’Holodomor est un événement peu relaté, peu présent dans les média actuels, alors que ce fut un des moments les plus insoutenables du 20 ième siècle.

James Norton (acteur de l’excellente série « Grantchester) excelle dans le rôle de l’incorruptible Gareth Jones.

Le film d’après confinement à voir absolument.

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