« Roxane » de Mélanie Auffret ***

Voilà un film sans prétention ni prise de tête, bien sympathique et joliment joué, pour passer un moment agréable, malgré des aspects aussi plus graves.

Raymond est éleveur de poules de plein air bio et également grand admirateur de « Cyrano de Bergerac ». Avec sa poule de compagnie, Roxane, il lit du théâtre aux habitantes du poulailler.

Mais la coopérative de ce coin de Bretagne lâche les petits éleveurs pour s’associer à un producteur d’oeufs industriels.

Raymond va chercher à faire le buzz, avec des vidéos alliant théâtre et poules, afin de sensibiliser l’opinion à sa cause.

Sa voisine anglaise, ancien professeur de français l’aide à réaliser son projet.

J’ai bien aimé l’originalité, le côté poétique et le charme de cette histoire qui sensibilisera peut-être les spectateurs à la cause des petits producteurs locaux.

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« Parasite » de Bong Joon-Ho *****

En Corée du Sud, de nos jours. Ki-Taek  vit dans un entresol au coeur d’un quartier populaire avec sa femme, son fils et sa fille, deux jeunes adultes. Les quatre sont au chômage, malgré des potentiels certains, suite à des concours de circonstances malheureux. Ils gagnent un peu d’argent en pliant des boîtes de pizza. Un jour, un ami de Ki-Woo, le fils de Ki-Taek, lui propose de le remplacer en tant que professeur particulier d’Anglais auprès de la fille du très riche Mr Park.

La famille Park vit sur les hauteurs de Séoul, dans une magnifique et lumineuse villa aux décors dépouillés et aux beaux volumes. Ils engagent Ki-Woo.

Le ton qui évolue de la comédie vers le film d’horreur, est donné d’emblée. Sur un rythme de musique classique, la misère dans laquelle vit la famille de Ki-Taek se présente par des éléments et des signes ciblés par Bong Joon-Hoo, avec une pointe d’humour noir.

Tout s’enchaîne ensuite comme une mécanique bien huilée, tel le plan machiavélique de la famille de chômeurs.

Jusqu’à la nuit de l’orage : c’est cette nuit qu’on mesure le gouffre qui sépare les classes riches des classes populaires, avec le sentiment d’observer la vie sur deux planètes bien distinctes, s’ignorant l’une l’autre. Mais les plus défavorisés connaissent bien les deux mondes, alors que les Park ne semblent connaître de la pauvreté que l’odeur.

Ces scènes de la nuit d’orage relèvent pour moi du chef d’oeuvre, tant par la mise en scène, par le montage, le scénario et le jeu d’acteurs. C’est à la fois réaliste, effrayant, grave et comique.

Tout tourne finalement au chaos, un chaos orchestré en virtuose.

Le thème du film n’est pas sans rapport avec « Une affaire de famille » de Kore-Eda. Dans cette misère partagée, les liens familiaux sont très forts et les personnes solidaires. Au-delà du cercle familial, ni la pitié ni la gentillesse n’existent.

Mais Bong Joon-Ho n’est-il pas encore davantage cynique avec les riches : pointant leur cécité, leur naïveté, leur pseudo-gentillesse ? Comme le dit la femme de Ki-Taek « je serais aussi gentille si j’étais riche ».

Difficile de faire le tour d’un tel film mené par un maestro comme un grand morceau symphonique très sombre au final.

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« Sibyl » de Justine Triet *

Sibyl, psychanalyste et alcoolique abstinente, cesse les consultations avec ses patients pour se consacrer à l’écriture d’un roman. Margot, une jeune actrice dont la vie est compliquée, fait appel à ses talents de thérapeute. Malgré sa décision, Sibyl accepte de la suivre en thérapie.

Se laissant manipuler par l’actrice, Sibyl enfreint plusieurs règles déontologiques : elle se retrouve plongée dans un contre-transfert destructeur.

Le film est « déconstruit » de façon éclatée, sciemment sans fluidité narrative. Le spectateur est promené dans les différents moments passés et présents de la psychanalyste, un peu comme dans un travail analytique sur les associations d’idées. Virginie Efira va loin dans les moments d’érotisme. Chaque personnage est perturbé et perturbant à sa façon, je déconseille ce film en période de déprime. Je n’ai pas été convaincue ni émue par la passion entre Gabriel et Sibyl, assez creuse. Les autres passions amoureuses du film m’ont plutôt laissée de marbre.

J’ai aimé quelques moments : les passages avec les enfants sont très bien, la cinéaste Mika est assez irrésistible, le début avec la tirade sur la littérature est prometteur et les paysages italiens magnifiques. Malgré tout l’impression générale reste mitigée, avec un sentiment d’indigestion face aux violences psychiques du film.

Je préfère Virginie Efira dans les films plus légers et les comédies.

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« Passion » de Ryusuke Hamaguchi **

Le cinéaste japonais réalise ce film en 2008 , bien avant « Senses » et « Asako ». C’est à présent qu’il sort dans les salles françaises.

« Passion » m’a un peu déçue et ennuyée, je l’ai trouvé assez fade, sans relief ni humour.

C’est l’histoire de femmes et d’hommes trentenaires, des intellectuels, en couple ou amants. Tendus entre leurs désirs, leurs amours et désamours, leurs envies de stabilité mais aussi de liberté (ou libertinage), ils se déchirent les uns les autres alors qu’a priori il s’agit d’un groupe d’amis.

Le regard que pose Ryusuke Hamaguchi sur les personnages n’est ni tendre ni bienveillant, je dirais naturaliste, nihiliste voire cruel.

Il radiographie les impasses relationnelles de chacun de ces jeunes adultes, c’est intéressant, mais dommage que ça manque de saveur. Mon film préféré du cinéaste reste « Asako », bien plus abouti et spirituel.

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« Douleur et gloire » de Pedro Almodovar ****

Salvador Mallo, réalisateur célèbre en panne d’inspiration, sujet à de multiples troubles et douleurs, vit dans un magnifique appartement décoré d’oeuvres d’art et d’objets colorés. A l’occasion de la projection d’un de ses anciens films dans une médiathèque, il recontacte 30 ans après, l’acteur principal Alberto Crespo, avec lequel il s’était brouillé.

Les retrouvailles permettent à Alberto de trouver un très beau texte sur l’ordinateur de Salvador, mais vont entraîner le cinéaste dans la consommation d’héroïne.

Je n’en dis pas davantage, je trahirais les astuces du scénario.

Je n’ai pas été vraiment touchée par le héros et sa vie, je n’étais pas toujours en empathie avec lui, même si les acteurs jouent avec justesse.

Mais c’est bien le scénario, le point fort de ce film : je l’ai trouvé brillant, intelligent, dense et fouillé, tel que Pedro Almodovar sait les écrire, en maître des émotions, de la psychologie, des couleurs et des destins singuliers. Ici le destin du héros fait écho à sa propre biographie.

Je trouve que « Douleur et gloire » est à la hauteur de l’oeuvre magistrale d’Almodovar.

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Doris Day

…nous a quittés et nous laisse en autre cette chanson inoubliable :

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« Le chant de la forêt » de Joao Salaviza et Nader Messora ***

Je copie le synopsis officiel très fidèle au film : « Ce soir, dans la forêt qui encercle ce village au nord du Brésil, le calme règne. Ihjãc, un jeune indigène de la tribu Krahô marche dans l’obscurité, il entend le chant de son père disparu qui l’appelle. Il est temps pour lui d’organiser la fête funéraire qui doit libérer son esprit et mettre fin au deuil. Habité par le pouvoir de communiquer avec les morts, Ihjãc refuse son devenir chaman. Tentant d’échapper à son destin, il s’enfuit vers la ville et se confronte alors à une autre réalité : celle d’un indigène dans le Brésil d’aujourd’hui. »

Ce film a une temporalité en phase avec la vie du village, éloignée du monde moderne. Lenteur et plans fixes, le mouvement est dans l’image, rythmé par les bruits de la nature.

J’ai été touchée par l’errance spirituelle de Ihjac qui ne trouve sa place dans aucune des communautés. Les auteurs semblent cerner avec finesse une problématique peut-être récurrente chez les peuples vivant de façon tribale à l’heure actuelle.

Le film est dépaysant et permet une immersion dans la tribu Krahô à la manière d’un ethnologue, avec malgré tout du retrait.

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