« Seules les bêtes » de Dominik Moll ***

Abidjan, de nos jours. Armand porte une chèvre sur son dos et pédale à travers la ville.

A des centaines de kilomètres de là, en France, sur le Causse de Méjean en plein hiver, une femme a disparu laissant sa voiture au bord de la route.

Dominik Moll partage son film en plusieurs chapitres, chacun raconte la même histoire mais selon un autre point de vue. Des détails insoupçonnés se dévoilent, menant petit à petit le spectateur vers une réalité complexe, compréhensible en fin de parcours.

J’ai beaucoup aimé ce schéma narratif, vraiment excellent, oscillant entre la glaciale Lozère et la chaleur Ivoirienne. Les uns sont en quête d’amour, les autres de sécurité matérielle, mais aussi d’amour ; ni les uns, ni les autres, ne soupçonnent ce que cachent les apparences de leurs proches.

Plusieurs histoires s’entrecroisent, celle de Marion et Evelyne assez cruelle, illustre la grande part que prend le hasard dans les événements.

Le spectateur est souvent manipulé par les apparences. Le jeu des acteurs, tous très crédibles, est proche du réel.

Ceci dit, je trouve le portrait des deux éleveurs caricatural, l’un vraiment stupide et l’autre trop basique, presque primitif. Je connais mal la jeunesse ivoirienne, mais elle est décrite aussi selon des clichés (justifiés ? ) que beaucoup d’européens partagent.

Voici mes « bémols » pour ce film fascinant qui aurait tout eu pour être excellent.

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« La famille Addams » de Conrad Vernon et Greg Tiernan **

Il est tentant de comparer ce film d’animation avec les originaux, avec les « hôtel transylvania» , ou avec les films macabres de Tim Burton. Mais ces comparaisons ne valorisent pas trop « La famille Addams ». Il vaut mieux le regarder avec un regard neuf.

La jeune Morticia se poudre le visage et enfile ses vêtements sophistiqués de style gothique. Aujourd’hui elle se marie avec  Gomez Addams. Morticia et Gomez ne sont pas des personnes ordinaires, ils affichent un goût particulier pour ce qui est monstrueux, cynique et triste. Les noces se terminent par une attaque de villageois qui voient en eux une famille de monstres dangereux. Le couple fuit à la recherche d’un endroit où ils pourraient vivre paisiblement et fonder une famille.

Le film dit que les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit (ce qui n’est pas spécialement original). Ceci dit, ici les monstres sont les personnes connectées qui s’épient et lynchent via les réseaux sociaux. J’ai trouvé ça bien vu.

Si l’animation est sympathique, tous les dessins (les visages des personnages) ne m’ont pas convaincue et toutes les intrigues ne font pas mouche. Comme celle du  fils qui préfère la dynamite au sabre.

Il reste de bons gags (l’expérience de biologie au collège) et des répliques amusantes.  Le final évite une conclusion un peu trop sucrée et consensuelle.

Pas mal, sans plus.

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« Le meilleur reste à venir » de Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte **

Arthur Dreyfus, suite à un malentendu, apprend que son meilleur ami, César Montesiho est atteint d’un cancer incurable. Ne parvenant pas à le lui annoncer, il laisse croire que lui-même est malade. Chacun s’extrait de sa routine pour consacrer quelques jours à son ami. S’ils choisissent une attitude hédoniste, chacun entraîne aussi son ami vers des choix plus essentiels.

Le film oscille entre la comédie et le drame, la raison, la légèreté et l’émotion.

J’ai trouvé l’histoire parfois incohérente (pourquoi César ne consulte-t-il pas le médecin indien au final ? Pourquoi aucun symptôme, si proche de la fin ?) et manquant de profondeur et parfois de finesse. Seule l’attitude de Randa rappelle réellement de quoi il s’agit.

Malgré tout, j’ai passé 2 heures intéressantes, grâce essentiellement à Fabrice Luchini.

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« Brooklyn affairs » de Edward Norton ****/*****

Lionel Essrog travaille pour un détective privé qui est aussi un ami proche, Franck Minna, à New York dans les années 50. Malgré un handicap mental, Lionel Essrog est un homme d’une intelligence très fine. Fine aussi, la qualité du jeu d’Edward Norton.

Lors d’une négociation dans le cadre d’une enquête, Franck est mortellement blessé sous les yeux de son ami.

Lionel tente de rendre justice à son patron et plonge au coeur de l’enquête qui était en cours. Cette investigation le mène à travers New York, de Brooklyn à Harlem et le met face à divers personnages : un responsable des travaux immobiliers et ses sbires, des personnes gravitant autour d’un club de jazz, les acteurs de la lutte contre la discrimination pour le logement…

Si « Brooklyn affairs » est un excellent film noir américain à l’ancienne ( décor et ambiance jazzy impeccable des années 50), c’est aussi une histoire non dépourvue d’humour, qui met en scène de belles valeurs : la loyauté, la reconnaissance, la gentillesse, le respect et la droiture et raconte tout en délicatesse une histoire d’amour.

Sans ennui, j’ai passé un très bon moment de cinéma, portée par des musiques bien choisies.

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« Le voyage du Prince » de Jean-François Laguionie et Xavier Picard ****

Ce film d’animation est réalisé avec des couleurs pastels et des lignes au tracé très doux. L’animation très agréable, laisse le loisir d’observer la richesse des détails.

Un vieux singe, prince d’une contrée civilisée de type médiéval est parti découvrir le monde, persuadé que d’autres singes le peuplent. Il échoue dans un pays très technicisé, où les singes luttent contre l’invasion de la forêt. Il est recueilli dans un musée d’histoire naturelle (qui semble antérieur à la civilisation actuelle) par un scientifique et ses assistantes. Un jeune singe lui sert d’interprète.

J’ai beaucoup aimé le rythme presque contemplatif de l’histoire et le voyage au coeur d’images qui mènent dans des univers riches et étonnants.

Si le peuple de la Canopée semble adopter un comportement écologique, j’ai vu dans le film plutôt un éloge des capacités d’adaptation de l’espèce humaine et au-delà du darwinisme, un éloge de la curiosité et de la soif de découvrir, malgré l’âge.

Une film philosophe qui montre plusieurs facettes de l’humanité, dont certaines très belles.

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« A couteaux tirés » de Rian Johnson ****/*****

L’histoire se passe de nos jours (utilisation de smartphones) aux USA mais dans une atmosphère de début de 20ème siècle, essentiellement dans un manoir incroyablement décoré de façon baroque et fantaisiste.

Le propriétaire des lieux, Harlan Thrombey, auteur de romans policiers à succès, fête ses 85 ans. Le lendemain, sa gouvernante le retrouve dans son bureau, avec la gorge tranchée. Visiblement il s’agit d’un suicide, ceci dit le détective Benoît Blanc assiste la police pour mener l’enquête, embauché par un généreux employeur anonyme.

Cette énigme façon Agatha Christie, aux allures et à l’humour plus Yankee que British est un film savoureux et jubilatoire. C’est avec délice que j’ai apprécié le final et même si l’essentiel des coups de théâtre sont prévisibles, le film regorge d’idées et se déroule de façon rythmée, sur un scénario tout sauf linéaire, menant le spectateur de faux semblants en faux semblants jusqu’à la vérité.

Un casting de choix : Daniel Craig, Michael Shannon, Jamie Lee Curtis, Toni Colette, Chris Evans, Christopher Plummer … et la très douée Ana de Armas.

C’est un gros coup de coeur, un film que je conseille chaudement à qui souhaite passer un moment de détente et de loisirs raffiné, inventif, stimulant et un brin kitsch.

Je n’en dirais pas davantage, la surprise doit rester entière.

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« Les Misérables » de Ladj Ly ****

Attention spoilers.

Cet été 2018, les français écrasés par la chaleur, assistent à la finale de la coupe du Monde de football. Dans les rues de Paris la foule en liesse défile et déborde, agitant les drapeaux tricolores à la victoire de la France. Issa et ses camarades sont venus de la cité des bosquets à Montfermeil pour assister à l’événement.

Juste après, Stéphane, policier, arrive de Cherbourg à Montfermeil et s’associe à Chris et Gwada de la BAC pour patrouiller dans la ville. C’est son premier jour. Chris, le chef de patrouille a un humour assez douteux et s’emporte facilement, mais c’est aussi un père de famille ordinaire. Gwada, originaire de la cité, a un côté zen et médiateur, mais il faut se méfier de l’eau qui dort. Stéphane plutôt réfléchi et ouvert au dialogue, n’a pas encore beaucoup d’expérience du métier en banlieue. On découvre un quartier tenu sous tension par les trafiquants de drogue, un habitant charismatique qui fait office de  pseudo Maire, les religieux musulmans et les forces de l’ordre. Ce sont les vacances scolaires, l’école n’est pas représentée, les politiques sont absents. Une paix apparente, un consensus semblent régner, en tout cas entre les différents « pouvoirs » adultes.

Un cirque s’installe à Montfermeil. Le jeune Buzz est passionné par la vidéo et fait voler son drone au-dessus des immeubles. Quant à Issa il semble préparer un mauvais coup : il a volé des poules vivantes à un roumain.

Des forains du cirque débarquent alors chez le dit « Le Maire » et menacent de faire brûler la cité si le jeune qui a volé « Johnny » ne le rend pas. En fait, Johnny est un lionceau. Les policiers partent à la recherche du petit lion. Petit à petit chacun va perdre le contrôle de la situation, mais était-elle réellement contrôlée ?

Ladj Ly donne une leçon de cinéma. Après le prologue puissant (riche de sens au regard du scénario), l’histoire commence de façon classique, tout se met en place. Le spectateur découvre les différents protagonistes et l’atmosphère générale. Mais la mécanique va s’emballer et le cinéaste nous mène vers un chemin que j’ai trouvé hitchcockien, mêlant suspense et action jusqu’à un paroxysme.

Le constat est terrible, effrayant : les jeunes adolescents : voilà les vrais animaux sauvages. Plus personne n’a leur confiance ni leur respect, encore moins d’autorité sur eux : ni parents, ni policiers, ni dealers. Les religieux ont un rôle à part : c’est chez le voyou devenu salafiste que va se cacher un jeune. Les jeunes ne s’en prennent pas aux religieux, même si ceux-ci ne savent canaliser leur colère. (Je me suis demandé dans quelle mesure ils ne l’attisent pas, même si Ladj Ly n’en dit mot.)

Comment expliquer cette colère, cette haine, cette violence chaotique chez les plus jeunes ?

Ladj Ly y répond en partie dans le générique final en citant Victor Hugo :

« Mes amis, retenez ceci, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. »

J’ai trouvé le film vraiment poignant. Il met les adultes quels qu’ils soient dos à dos sans faire de procès à personne et décrit une situation d’urgence.

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