« Qu’est-ce qu’on a encore fait au Bon Dieu » de Philippe de Chauveron ***

Claude et Marie Verneuil partent en voyage chez les parents de leurs gendres respectifs. Au retour ils organisent un repas de famille et ne se privent pas d’un certain humour en racontant leur périple.

Leurs filles et gendres quant à eux se sentent de moins en moins bien en France et projettent chacun de s’installer à l’étranger (En Chine, en Algérie, en Israël et en Inde).

Les parents Verneuil , sous le choc, tentent de les faire rester en France.

Je trouve ce deuxième opus aussi bien que le premier. Quelques scènes sont vraiment très drôles et le jeu de Christian Clavier et Chantal Lauby vaut le détour. Les autres acteurs s’en donnent à coeur joie.

L’idée de se jouer des clichés qu’on peut avoir  sur telle ou telle communauté fonctionne très bien, c’est bon enfant, ça reste gentil, et parfois bien vu.

Ce film apporte une petite bulle d’air sans prétention, en permettant de rire de sujets souvent tabous.

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« Continuer » de Joachim Lafosse ***

Malgré un dénouement que j’ai trouvé décevant et abrupt, je vous conseille ce film surtout si vous aimez les grands espaces, les chevaux et une certaine rudesse dans les relations humaines.

Sibylle et son fils Samuel voyagent à cheval dans les plaines désertiques du Kirghizistan. Leur relation est tendue, faite de silences et de crises, Sibylle essaie de créer des liens avec son fils dont elle était autrefois éloignée et dont l’humeur est violente et instable, sauf lorsqu’il randonne à cheval.

S’il n’avait aucune envie de participer au périple, Samuel se révèle excellent cavalier. Les épreuves de la chevauchée vont malgré tout rapprocher mère et fils.

Ce film est très bien réalisé, mettant en scène une nature et des êtres âpres.

A découvrir.

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« Green book : sur les routes du Sud » de Peter Farrelly ****

New York, 1962. Tony, un homme simple au franc parler et sans complexes, issu de la communauté italienne, est videur dans un club de musique. Sans emploi momentanément, il est embauché comme chauffeur par un pianiste noir de génie, Don Shirley, pour le véhiculer dans une tournée à travers les états du Sud.

S’il joue pour les blancs, sans avoir le droit de fréquenter les même hôtels ou restaurants qu’eux ; le pianiste est en revanche peu intégré à la communauté afro-américaine. Introverti, passant ses soirées à boire du whisky, homosexuel, très cultivé, parfois hautain et précieux ; Don Shirley est une personne à part.

Peter Farrelly passe au crible les préjugés qui visent ou qui sont issus des diverses communautés (italiens, juifs, noirs, irlandais …) et classes sociales  avec un certain humour. Mais devient intraitable, très justement lorsqu’il parle des lois de ségrégation qui minaient les USA dans les années 60.

Une amitié va se tisser entre les deux hommes et donner lieu à une très belle histoire transcendant les préjugés.

J’ai aimé le film essentiellement pour la façon dont l’amitié se noue et pour le jeu fabuleux des deux acteurs principaux. Viggo Mortensen est drôle, émouvant, convaincant, roublard et son personnage très généreux au final.

Mahershala Ali (déjà apprécié dans le magnifique ‘Moonlight ») est excellent en pianiste très distingué et élégant, avec une faille intérieure béante, retrouvant petit à petit le sourire.

Ce début d’année cinématographique m’enchante décidément !

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« La mule » de Clint Eastwood ****

Earl Stone, âgé de près de 90 ans, était un horticulteur doué qui a toujours fait passer son travail avant sa famille. Au bord de la faillite il met la clef sous la porte, et n’a bientôt plus les moyens de subvenir à ses besoins. Il accepte de transporter de la marchandise pour un cartel de la drogue. Son profil est idéal : jamais de PV, casier judiciaire vierge et des dizaines de milliers de kms parcourus pendant son temps d’activité.

Clint Eastwood donne sciemment des arguments à ses détracteurs comme des os à ronger et visiblement s’amuse à les faire enrager, grâce à un humour resté intact. Ces clins d’oeil provocateurs constituent la surface du film, lequel a plusieurs strates.

« La mule » est aussi :

*Un thriller, plutôt bien construit, peut-être un peu lent au démarrage, qui suit le travail des enquêteurs parallèlement au trafic du cartel de la drogue dirigé depuis le Mexique.

*Un road movie : Les trajets en musique sur les routes interminables des USA avec les motels et les grosses voitures.

*Un film social, sur les difficultés qui touchent nombres d’américains (l’histoire avec l’assurance) ou de retraités.

*Le drame familial d’un homme qui sur le tard comprend enfin l’importance de sa famille.

En filigrane, ce film est un autoportrait. Autoportrait en images d’un homme très âgé, très classe, élégant, toujours beau, profitant des opportunités de l’existence.

Autoportrait d’un homme, plus vraiment en phase avec son époque, qui « parle sans filtre » toujours avec le même humour provocateur et qui refuse l’excuse du vieillissement et de la sénilité, assumant ses actes jusqu’au bout.

Pour ma part, ce film est un pierre de plus à l’immense édifice cinématographique que nous laissera Clint Eastwood.

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« L’Incroyable Histoire du facteur Cheval » de Nils Tavernier ****

Je recommande ce film qui mène hors du temps, des canons et des normes.

J’ai trouvé :

  • les couleurs des chemins et des saisons de la Drôme,  lumineuses, qu’elles soient froides ou chaudes
  • La construction et l’architecture du palais idéal du facteur Cheval vraiment dignes d’être enfin portées sur grand écran, ici avec des beaux cadrages.
  •  Bienfaisante, l’histoire de cet homme humble, accablé par les drames, taiseux, très timide, mais poète, artiste, marchant 30 kms par jour pour ses tournées de facteur, à l’écoute des oiseaux, des arbres et de ses rêves.
  • Son histoire d’amour peu ordinaire qui sonne juste
  • L’amour réciproque magnifique du père et de la fille
  • L’atmosphère rustique, faite de retenue, de pudeur.
  • Le jeu exceptionnel de Jacques Gamblin qu’on ne reconnaît pas.

J’ai vraiment eu un coup de coeur pour la façon dont Nils Tavernier raconte cette histoire extraordinaire d’un homme très simple qui met sa vie , son âme, ses sentiments dans l’élaboration quotidienne de la seule oeuvre d’architecture naïve au monde, qui passe sa vie à bâtir un palais pour celles qu’il aime, comme l’aurait fait un souverain de l’Egypte ancienne.

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« Les invisibles » de Louis-Julien Petit ****

Audrey et Manu  (Audrey Lamy et Corinne Masiero), des travailleuses sociales investies corps et âme dans leur mission, travaillent à l’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes à la rue. Leur équipe se complète de bénévoles dont Hélène (Noémie Lvovsky), une femme fantaisiste en instance de divorce et de salariées dont Angélique (Déborah Lukumunea).

Presque toutes les bénéficiaires du centre jouent leur propre rôle ce qui donne au film un aspect documentaire et très sincère. Leur journée : prendre une douche, laver le linger, déjeuner, trouver du répit et du réconfort.

Mais les autorités sociales reprochent à Manu et Audrey de trop chouchouter les femmes et de ne trouver pour elles aucune solution d’insertion, l’Envol risque d’être fermé. Dans le même temps, les femmes à la rue sont « délogées » du quartier où elles campent et invitées à rejoindre un centre de nuit situé à 50 km de l’Envol.

Manu et son équipe cherchent coûte que coûte des solutions pour aider ces femmes à retrouver une place dans la société.

Résumé ainsi, cela semble être un film social comme les autres, mais c’est tout autre chose. Filmé avec discrétion et sans ambition cinématographique d’ordre esthétique, « Les invisibles » est davantage un film à messages multiples.

La situation des femmes sans abri est décrite en quelques événements significatifs, vraiment saisissants : le délogement des femmes à 5h du matin par les CRS, les protections mises sur les divers lieux communaux qui pourraient être des aires de repos…

On admire l’implication des travailleuses sociales qui mouillent vraiment leur chemise et portent les soucis de ces femmes à bras-le-corps.

La justesse du jeu des femmes crève l’écran. L’humour et la fantaisie sont bienvenus et salvateurs, tant l’insécurité et le manque d’espoir plombent leurs existence à reconstruire.

Des questions essentielles restent posées même si le scénariste esquisse des réponses : faut-il vraiment ne pas « chouchouter », « porter à bout de bras » des personnes en extrême difficulté ? Des lieux de répit et rassurants doivent-ils être supprimés s’ils ne sont pas rentables en terme d’insertion ? La logique comptable des technocrates du monde social est-elle compatible avec ce monde de vies brisées ?

Un film à ne pas manquer.

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« Edmond » de Alexis Michalik *****

L’histoire commence en 1895.  Le dramaturge Edmond Rostand marié à Rosemonde Gérard et père d’un enfant, est en panne d’inspiration, malgré le soutien indéfectible de l’actrice Sarah Bernhardt.

Deux ans plus tard, le célèbre acteur Constant Coquelin le contacte et lui demande de mettre en scène une pièce… qu’Edmond n’a pas encore écrite. Deux mafieux corses vont financer ce projet théâtral, une des plus époustouflante aventure artistique de l’Histoire. Edmond Rostand écrit et met en scène « Cyrano de Bergerac » en quelques semaines, avec des décors impressionnants, en s’inspirant d’une histoire épistolaire qu’il vit simultanément.

J’ai adhéré avec un énorme enthousiasme au récit endiablé de la genèse de « Cyrano », récit parsemé d’épisodes truculents -j’ignore s’ils ont eu lieu-, joué avec énergie et bonne humeur, mettant sur un réel piédestal ce si célèbre texte.

J’ai littéralement plongé avec plaisir dans ce Paris de la fin du 19ème siècle avec son histoire et ses célébrités, palpable grâce à des décors et des costumes travaillés dans le détail.

Fidèle à l’esprit de la pièce d’Edmond Rostand, on peut dire que ce film superbe, au rythme effréné, a bien du panache !

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