« Astrid » de Pernille Fischer Christensen ****

Dans les années 2000 (je suppose) en Suède, une dame âgée, la romancière Astrid Lindgren, lit son courrier : des lettres d’enfants avec des voeux d’anniversaire. Elle écoute une cassette enregistrée par une classe, des voix d’enfants se succèdent et seront présentes tout au long du film.

Retour en 1920 et quelques, dans la campagne suédoise. Astrid vit à la ferme avec sa famille, elle a 16 ans. Le pasteur à l’Eglise donne le ton à ces existences austères et pieuses. Astrid se révèle fantasque, elle aime inventer des histoires amusantes. Un jour elle est engagée dans un journal local comme secrétaire.

J’ai beaucoup aimé la forme classique de ce film aux couleurs et lumières nordiques froides et douces, faisant place à une narration elle aussi tout en douceur et fluide. Les êtres et leurs visages y ont une place de choix.

Si le film ne parle qu’en filigrane des romans d’Astrid, il s’attache à la période de la fin de sa jeunesse, avec la naissance de son fils, l’expression de son amour maternel, son coeur brisé, finalement apaisé.

La présence de Alba August illumine l’écran.

C’est un film très délicat et tendre sur les liens entre une mère et son jeune enfant, malgré l’austérité ambiante, qui permet peut-être de comprendre pourquoi Astrid Lindgren a eu tellement de talent pour inventer des histoires destinées aux enfants.

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« El Reino » de Rodriguo Sorogoyen ***/****

Espagne. Lors d’un repas animé et festif, des hommes échangent des remarques sur leur parti en écoutant et critiquant leur futur candidat à la télévision. Manuel Lopez Vidal, secrétaire régional, vivant dans l’opulence, est sur le point de rejoindre la direction du parti. Mais un scandale éclate et Lopez Vidal est vite érigé en bouc émissaire afin de masquer la partie immergée de l’iceberg. Le parti tremperait dans une affaire de détournement de fonds européens.

Le procès approche, Manuel Lopez Vidal entreprend une course contre la montre pour prouver l’implication de ses collègues dans l’affaire et ne plus être le seul homme incriminé.

Le spectateur est entraîné dans un thriller aux rouages efficaces et bien huilés avec des scènes d’anthologie hallucinantes et un final excellent. On découvre que la corruption est généralisée, qui ne s’enrichit pas sur le dos des espagnols et de l’Europe ?

Ce film haletant et cynique n’explicite pas assez à mon goût les enjeux de ce scandale politico-financier qui restent obscurs, même si on comprend bien que Lopez Vidal -peu sympathique héros au final- cherche à sauver sa peau en faisant tomber ses collègues. Ainsi le déroulement est palpitant mais ne génère que peu d’émotions et de passion pour l’affaire en cours.

J’ai toutefois bien aimé, je me suis laissée portée par le rythme du film et l’adrénaline qu’il procure, sans creuser au-delà, parce que le fond semble plutôt désespérant.

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« 90’s » de Jonah Hill ***

Années 90, avant l’ère des smartphones…C’est l’été à Los Angeles. Stevie, 13 ans vit avec sa mère et son frère plus âgé Ian, violent, qui le bat. Stevie traîne dans un magasin de skate boards et grâce à Ruben, il s’introduit dans un groupe d’adolescents plus âgés que lui. Bientôt il devient leur mascotte et trouve refuge sous leur aile.

Le jeune garçon passe l’été à faire du skate, rencontre des filles et d’autres jeunes, discute de divers sujets avec ses nouveaux amis.

Le format carré de l’image, la bande son rythmée et omniprésente, les images filmées à la volée donnent à ce film un côté pop, ciné « indé », on accroche ou non à ce style.

J’ai surtout apprécié la vitalité touchante de ce jeune garçon qui cherche des issues à un quotidien difficile. Il veut à tout prix à s’intégrer à la bande, il y met tout son coeur. Le jeune acteur est vraiment très bien. La photographie de Los Angeles m’a bien plu aussi (par exemple les skateurs qui descendent une avenue bondée de voitures).

Un film qui vaut le détour.

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« Victor et Célia » de Pierre Jolivet ***

Victor et son ami Ben décident d’ouvrir leur propre salon de coiffure. Malheureusement Ben a un accident mortel.

Après de nombreux doutes, Victor contacte Célia, une ex, coiffeuse aussi, et lui propose de se lancer dans l’aventure avec lui.

Sur fond de comédie romantique, Pierre Jolivet nous entraîne dans les étapes compliquées de la création d’entreprise.

Le film est rythmé, avec des pointes d’humour, des coups de théâtre, une troupe d’acteurs impliqués pleins d’énergie et de personnalité.

Si vous avez envie d’un film positif, léger et pétillant malgré des moments plus graves et pourtant pas bêtifiant, je vous conseille chaudement le dernier Pierre Jolivet.

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« Les oiseaux de passage » de Ciro Gerra et Cristina Gallego ****/*****

Vers 1968, en Colombie, dans la péninsule aride de Guajira les indiens Wayuu perpétuent les rites ancestraux. La jeune Zaïda après un an d’isolement est devenue femme, elle présente un tissu à une vieille femme avant d’entamer une danse initiatique. Rapayet, issu d’un clan voisin convoite la belle. Le chef accepte la demande en mariage à condition que le jeune homme fournisse une dot hors de portée.

Rapayet croise des étrangers hippies avides de marihuana et leur propose son aide. Aussitôt il part négocier avec un cousin cultivateur et rapporte une belle quantité d’herbe, gagne un paquet d’argent, de quoi rassembler la dot. Il part au village de Zaïda.

Ainsi s’achève le premier tableau sur les cinq qui constituent le dernier film de Ciro Guerra et Cristina Gallego. Des ellipses pertinentes rythment le déroulement des cinq chants.

Les clans d’indiens développent le trafic de marihuana et après plusieurs événements malheureux, c’est l’escalade, la guerre est bientôt déclarée.

Ce film sombre et violent, tourné dans de magnifiques décors avec une superbe photographie à la beauté sauvage, est ponctué par les rêves et la présence d’insectes et d’oiseaux.

Si je le trouve inclassable, il est écrit sur un mode tragique, avec des dialogues qui vont à l’essentiel et des visages aux expressions puissantes. Les acteurs sont remarquables.

Le fumeurs de marihuana aux idéaux pacifistes se doutaient-ils des drames causés par la production de leur herbe ?

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« Monsieur Link » de Chris Butler ****

Film d’animation en stop motion.

Fin du 19ème siècle, Lionel Frost est un explorateur, spécialisé dans la recherche des animaux extraordinaires. A peine rentré d’Ecosse où il a photographié le monstre du Loch Ness,  un courrier l’informe de l’existence d’un primate vivant aux USA, certainement le chaînon manquant. Il cherche par ailleurs à tout prix à intégrer le prestigieux club des explorateurs de Londres.

C’est le début d’une longue aventure, avec au bout du chemin, des découvertes inattendues.

Ce voyage autour du monde qui peut faire penser à Jules Verne ou à Indiana Jones est d’abord une aventure au pays de l’animation image par image, avec un résultat qui à lui seul justifie le déplacement au cinéma. Très riche en détails, précis et coloré, le film est une vraie réussite.

J’ai beaucoup aimé aussi les messages du film : notamment sur les bénéfices des voyages -pas ceux qu’on croirait- et sur la critique de l’esprit communautaire. Le cinéaste met en valeur les richesses personnelles, la singularité et l’amitié. (Lionel Frost comme Monsieur Link, cherchent chacun à être reconnu par une communauté).

Je conseille la version française avec les voix d’Eric Judor et de Thierry Lhermitte.

Un film qui plaira aux petits et à leurs parents.

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« Tanguy, le retour » de Etienne Chatiliez **

Si « Tanguy, le retour » n’est pas un chef d’oeuvre et sera peut-être vite oublié, je trouve qu’il ne mérite pas les notes désastreuses des critiques sur les sites de cinéma.

D’accord, la plupart des gags sentent le réchauffé (sauf celui du vélo), le rythme du film est assez mou, mais c’est très sympathique de retrouver les 3 acteurs principaux du premier opus.

Sabine Azéma et André Dussolier sont excellents.

Dans leur magnifique appartement parisien, Edith et Paul Guetz vivent une retraite dorée malgré quelques soucis de santé.

Un jour, Tanguy qui a maintenant 44 ans, arrive de Pékin, accompagné par sa fille de 17 ans, Zhu. Sa femme vient de le quitter.

Le père et sa fille s’incrustent, de fil en aiguille, font entrer leurs amis et familles dans la vie du couple de retraités, qui trouve cela insupportable.

Au final, Edith et Paul paraissent assez égoïstes, sans aucun esprit de famille, alors que l’entourage de Tanguy apporte une note de gaieté et de solidarité. Les valeurs du premier opus ne sont plus les mêmes ici. Je ne regrette pas d’y être allée.

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