« Le Mans 66 » de James Mangold ****/*****

Je n’y connais rien en course automobile et ne savais rien de cette histoire vraie qui s’est déroulée au USA dans les années 60. J’ai cela dit été passionnée de bout en bout  par cet excellent film.

Henry Ford (deuxième du nom) cherche à donner une nouvelle impulsion à l’entreprise automobile familiale. Un conseiller suggère de faire participer des véhicules Ford aux 24 heures du Mans où règne jusqu’à présent la famille italienne Ferrari.

Ford embauche l’ancien pilote Carroll Shelby pour mettre au point un véhicule performant. Shelby ne conçoit pas la course sans la participation du coureur automobile aussi génial qu’ingérable : Ken Miles.

Le film raconte l’épopée de Shelby et de Miles. S’ils doivent convaincre Ford d’accepter Miles comme pilote, ils s’engagent aussi dans l’aventure des 24h du Mans.

Raconté comme cela, le film ne fait peut-être pas envie. C’est sans compter que :

– Matt Damon et Henry Bale sont très grands, l’un faux calme, déterminé avec son sourire énigmatique, l’autre impliqué à 200 % dans sa passion.

– Les moments de courses sont à couper le souffle, avec des images prises à ras le sol, sous la pluie, de nuit avec de réelles sensations de vitesse et de mouvement et de vraies frayeurs.

– l’époque des sixties superbement reconstituée, sous le soleil américain et en France , met en scène des véhicules incroyables.

– L’importance de la vie familiale de Ken Miles s’intègre bien dans le scénario.

– La rivalité entre Enzo Ferrari et Henry Ford vaut le détour.

– L’excellent portrait au Vitriol de Ford et ses dirigeants égratigne l’image des USA et sa logique marketing,

« Le Mans 66 » est un hommage grandiose aux pionniers de la course automobile, de purs sportifs aussi géniaux en mécanique qu’au volant de véhicules de légende.

C’eût été dommage de passer à côté de ce film.

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« Last Christmas » de Paul Feig **

Si je suis allée voir « Last Christmas » c’est par goût pour les comédies romantiques anglaises et parce que j’apprécie Emma Thompson et Emilia Clarke.

Je m’attendais ceci dit à un film pur glucose, chargé de guirlandes et de sapins.

Même si l’humour laisse parfois à désirer (peut-être il passe mieux en VO), même si le film foisonne de bons sentiments, l’histoire principale est grave, très touchante et très bien racontée.

Emma Thompson a un rôle inattendu où elle est comme d’habitude excellente. L’ensemble est porté par le charme d’Emilia Clarke et de Henry Golding.

En cette période de fêtes de fin d’année, « Last Christmas » est à considérer comme un conte de Noël, avec des messages de saison et une tournure émouvante à laquelle on ne s’attend pas.

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« Seules les bêtes » de Dominik Moll ***

Abidjan, de nos jours. Armand porte une chèvre sur son dos et pédale à travers la ville.

A des centaines de kilomètres de là, en France, sur le Causse de Méjean en plein hiver, une femme a disparu laissant sa voiture au bord de la route.

Dominik Moll partage son film en plusieurs chapitres, chacun raconte la même histoire mais selon un autre point de vue. Des détails insoupçonnés se dévoilent, menant petit à petit le spectateur vers une réalité complexe, compréhensible en fin de parcours.

J’ai beaucoup aimé ce schéma narratif, vraiment excellent, oscillant entre la glaciale Lozère et la chaleur Ivoirienne. Les uns sont en quête d’amour, les autres de sécurité matérielle, mais aussi d’amour ; ni les uns, ni les autres, ne soupçonnent ce que cachent les apparences de leurs proches.

Plusieurs histoires s’entrecroisent, celle de Marion et Evelyne assez cruelle, illustre la grande part que prend le hasard dans les événements.

Le spectateur est souvent manipulé par les apparences. Le jeu des acteurs, tous très crédibles, est proche du réel.

Ceci dit, je trouve le portrait des deux éleveurs caricatural, l’un vraiment stupide et l’autre trop basique, presque primitif. Je connais mal la jeunesse ivoirienne, mais elle est décrite aussi selon des clichés (justifiés ? ) que beaucoup d’européens partagent.

Voici mes « bémols » pour ce film fascinant qui aurait tout eu pour être excellent.

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« La famille Addams » de Conrad Vernon et Greg Tiernan **

Il est tentant de comparer ce film d’animation avec les originaux, avec les « hôtel transylvania» , ou avec les films macabres de Tim Burton. Mais ces comparaisons ne valorisent pas trop « La famille Addams ». Il vaut mieux le regarder avec un regard neuf.

La jeune Morticia se poudre le visage et enfile ses vêtements sophistiqués de style gothique. Aujourd’hui elle se marie avec  Gomez Addams. Morticia et Gomez ne sont pas des personnes ordinaires, ils affichent un goût particulier pour ce qui est monstrueux, cynique et triste. Les noces se terminent par une attaque de villageois qui voient en eux une famille de monstres dangereux. Le couple fuit à la recherche d’un endroit où ils pourraient vivre paisiblement et fonder une famille.

Le film dit que les monstres ne sont pas forcément ceux que l’on croit (ce qui n’est pas spécialement original). Ceci dit, ici les monstres sont les personnes connectées qui s’épient et lynchent via les réseaux sociaux. J’ai trouvé ça bien vu.

Si l’animation est sympathique, tous les dessins (les visages des personnages) ne m’ont pas convaincue et toutes les intrigues ne font pas mouche. Comme celle du  fils qui préfère la dynamite au sabre.

Il reste de bons gags (l’expérience de biologie au collège) et des répliques amusantes.  Le final évite une conclusion un peu trop sucrée et consensuelle.

Pas mal, sans plus.

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« Le meilleur reste à venir » de Alexandre de la Patellière et Mathieu Delaporte **

Arthur Dreyfus, suite à un malentendu, apprend que son meilleur ami, César Montesiho est atteint d’un cancer incurable. Ne parvenant pas à le lui annoncer, il laisse croire que lui-même est malade. Chacun s’extrait de sa routine pour consacrer quelques jours à son ami. S’ils choisissent une attitude hédoniste, chacun entraîne aussi son ami vers des choix plus essentiels.

Le film oscille entre la comédie et le drame, la raison, la légèreté et l’émotion.

J’ai trouvé l’histoire parfois incohérente (pourquoi César ne consulte-t-il pas le médecin indien au final ? Pourquoi aucun symptôme, si proche de la fin ?) et manquant de profondeur et parfois de finesse. Seule l’attitude de Randa rappelle réellement de quoi il s’agit.

Malgré tout, j’ai passé 2 heures intéressantes, grâce essentiellement à Fabrice Luchini.

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« Brooklyn affairs » de Edward Norton ****/*****

Lionel Essrog travaille pour un détective privé qui est aussi un ami proche, Franck Minna, à New York dans les années 50. Malgré un handicap mental, Lionel Essrog est un homme d’une intelligence très fine. Fine aussi, la qualité du jeu d’Edward Norton.

Lors d’une négociation dans le cadre d’une enquête, Franck est mortellement blessé sous les yeux de son ami.

Lionel tente de rendre justice à son patron et plonge au coeur de l’enquête qui était en cours. Cette investigation le mène à travers New York, de Brooklyn à Harlem et le met face à divers personnages : un responsable des travaux immobiliers et ses sbires, des personnes gravitant autour d’un club de jazz, les acteurs de la lutte contre la discrimination pour le logement…

Si « Brooklyn affairs » est un excellent film noir américain à l’ancienne ( décor et ambiance jazzy impeccable des années 50), c’est aussi une histoire non dépourvue d’humour, qui met en scène de belles valeurs : la loyauté, la reconnaissance, la gentillesse, le respect et la droiture et raconte tout en délicatesse une histoire d’amour.

Sans ennui, j’ai passé un très bon moment de cinéma, portée par des musiques bien choisies.

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« Le voyage du Prince » de Jean-François Laguionie et Xavier Picard ****

Ce film d’animation est réalisé avec des couleurs pastels et des lignes au tracé très doux. L’animation très agréable, laisse le loisir d’observer la richesse des détails.

Un vieux singe, prince d’une contrée civilisée de type médiéval est parti découvrir le monde, persuadé que d’autres singes le peuplent. Il échoue dans un pays très technicisé, où les singes luttent contre l’invasion de la forêt. Il est recueilli dans un musée d’histoire naturelle (qui semble antérieur à la civilisation actuelle) par un scientifique et ses assistantes. Un jeune singe lui sert d’interprète.

J’ai beaucoup aimé le rythme presque contemplatif de l’histoire et le voyage au coeur d’images qui mènent dans des univers riches et étonnants.

Si le peuple de la Canopée semble adopter un comportement écologique, j’ai vu dans le film plutôt un éloge des capacités d’adaptation de l’espèce humaine et au-delà du darwinisme, un éloge de la curiosité et de la soif de découvrir, malgré l’âge.

Une film philosophe qui montre plusieurs facettes de l’humanité, dont certaines très belles.

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« A couteaux tirés » de Rian Johnson ****/*****

L’histoire se passe de nos jours (utilisation de smartphones) aux USA mais dans une atmosphère de début de 20ème siècle, essentiellement dans un manoir incroyablement décoré de façon baroque et fantaisiste.

Le propriétaire des lieux, Harlan Thrombey, auteur de romans policiers à succès, fête ses 85 ans. Le lendemain, sa gouvernante le retrouve dans son bureau, avec la gorge tranchée. Visiblement il s’agit d’un suicide, ceci dit le détective Benoît Blanc assiste la police pour mener l’enquête, embauché par un généreux employeur anonyme.

Cette énigme façon Agatha Christie, aux allures et à l’humour plus Yankee que British est un film savoureux et jubilatoire. C’est avec délice que j’ai apprécié le final et même si l’essentiel des coups de théâtre sont prévisibles, le film regorge d’idées et se déroule de façon rythmée, sur un scénario tout sauf linéaire, menant le spectateur de faux semblants en faux semblants jusqu’à la vérité.

Un casting de choix : Daniel Craig, Michael Shannon, Jamie Lee Curtis, Toni Colette, Chris Evans, Christopher Plummer … et la très douée Ana de Armas.

C’est un gros coup de coeur, un film que je conseille chaudement à qui souhaite passer un moment de détente et de loisirs raffiné, inventif, stimulant et un brin kitsch.

Je n’en dirais pas davantage, la surprise doit rester entière.

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« Les Misérables » de Ladj Ly ****

Attention spoilers.

Cet été 2018, les français écrasés par la chaleur, assistent à la finale de la coupe du Monde de football. Dans les rues de Paris la foule en liesse défile et déborde, agitant les drapeaux tricolores à la victoire de la France. Issa et ses camarades sont venus de la cité des bosquets à Montfermeil pour assister à l’événement.

Juste après, Stéphane, policier, arrive de Cherbourg à Montfermeil et s’associe à Chris et Gwada de la BAC pour patrouiller dans la ville. C’est son premier jour. Chris, le chef de patrouille a un humour assez douteux et s’emporte facilement, mais c’est aussi un père de famille ordinaire. Gwada, originaire de la cité, a un côté zen et médiateur, mais il faut se méfier de l’eau qui dort. Stéphane plutôt réfléchi et ouvert au dialogue, n’a pas encore beaucoup d’expérience du métier en banlieue. On découvre un quartier tenu sous tension par les trafiquants de drogue, un habitant charismatique qui fait office de  pseudo Maire, les religieux musulmans et les forces de l’ordre. Ce sont les vacances scolaires, l’école n’est pas représentée, les politiques sont absents. Une paix apparente, un consensus semblent régner, en tout cas entre les différents « pouvoirs » adultes.

Un cirque s’installe à Montfermeil. Le jeune Buzz est passionné par la vidéo et fait voler son drone au-dessus des immeubles. Quant à Issa il semble préparer un mauvais coup : il a volé des poules vivantes à un roumain.

Des forains du cirque débarquent alors chez le dit « Le Maire » et menacent de faire brûler la cité si le jeune qui a volé « Johnny » ne le rend pas. En fait, Johnny est un lionceau. Les policiers partent à la recherche du petit lion. Petit à petit chacun va perdre le contrôle de la situation, mais était-elle réellement contrôlée ?

Ladj Ly donne une leçon de cinéma. Après le prologue puissant (riche de sens au regard du scénario), l’histoire commence de façon classique, tout se met en place. Le spectateur découvre les différents protagonistes et l’atmosphère générale. Mais la mécanique va s’emballer et le cinéaste nous mène vers un chemin que j’ai trouvé hitchcockien, mêlant suspense et action jusqu’à un paroxysme.

Le constat est terrible, effrayant : les jeunes adolescents : voilà les vrais animaux sauvages. Plus personne n’a leur confiance ni leur respect, encore moins d’autorité sur eux : ni parents, ni policiers, ni dealers. Les religieux ont un rôle à part : c’est chez le voyou devenu salafiste que va se cacher un jeune. Les jeunes ne s’en prennent pas aux religieux, même si ceux-ci ne savent canaliser leur colère. (Je me suis demandé dans quelle mesure ils ne l’attisent pas, même si Ladj Ly n’en dit mot.)

Comment expliquer cette colère, cette haine, cette violence chaotique chez les plus jeunes ?

Ladj Ly y répond en partie dans le générique final en citant Victor Hugo :

« Mes amis, retenez ceci, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. »

J’ai trouvé le film vraiment poignant. Il met les adultes quels qu’ils soient dos à dos sans faire de procès à personne et décrit une situation d’urgence.

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« Un monde plus grand » de Fabienne Berthaud ***/****

Fabienne Berthaud raconte l’histoire vraie de Corinne Sombrun, finement interprétée par Cécile de France.

Corinne est veuve depuis peu et a du mal a exercer sa profession en France. Son patron l’envoie en Mongolie, au coeur d’une tribu d’éleveurs de rennes pour effectuer un reportage sur la spiritualité de ce peuple.

Au cours d’une cérémonie chamanique, Corinne connaît une transe. D’après la chamane mongole, Corinne serait aussi une chamane.

Cette particularité, ce don improbable, conséquence du deuil ou atout pour traverser le deuil, mène Corinne à la frontière entre psychiatrie et monde des esprits.

Les images sont souvent fugitives, l’histoire racontée de façon impressionniste. Le film permet un voyage exceptionnel en Mongolie, au sein d’une réelle tribu mongole, et au-delà vers « un monde plus grand » grâce au chamanisme.

Le pourquoi et le comment du chamanisme restent des questions effleurées. Malgré ce côté peu explicite le film parvient à hypnotiser, Cécile de France et les villageois y sont pour beaucoup.

Une parenthèse de magnifiques paysages et d’étrangeté qui fait du bien.

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