« J’accuse » de Roman Polanski ****

Le 5 janvier 1895, dans la Cour Morlan de l’Ecole militaire de l’Armée devant des milliers de soldats, le capitaine Alfred Dreyfus est dégradé, après une condamnation par la cour martiale pour haute trahison. Il est incarcéré au large de la Guyane, dans l’île du Diable.

Peu de temps après, le colonel Picquart qui fut son instructeur, se retrouve à la tête des services secrets, succédant à un homme atteint lourdement par la syphilis. Homme très rigoureux et précis, il tente de remettre de l’ordre dans le service et découvre un document qui de fil en aiguille va le mener à la preuve de l’innocence d’Alfred Dreyfus.

Mais l’Etat Major de l’armée ne considère pas la réalité sous cet angle et refuse de tenir compte des découvertes du colonel Picquart.

Ce film à la reconstitution très soignée et documentée, avec décor et costumes impeccables bénéficie d’un casting haut de gamme : Jean Dujardin, Grégory Gadebois, Mathieu Amalric, Denis Podalydès, Louis Garrel, Emmanuelle Seignier, Melville Poupaud, Laurent Stocker, Vincent Perez, Michel Vuillermoz … Roman Polanski, à l’instar du maître du suspense y fait une apparition.

La construction du film, très méticuleuse, est centrée sur  la recherche de la vérité du colonel, s’opposant aux obstacles de ses détracteurs. Un moment fort est l’entrée en scène d’Emile Zola, (de Clémenceau aussi) et la publication son réquisitoire contre les accusateurs d’Alfred Dreyfus, le fameux texte « J’accuse ».

J’ai été interpellée par deux points de ce film haletant comme un thriller :

– Le capitaine Dreyfus a pâti essentiellement de l’incompétence des enquêteurs initiaux, qui ont bâclé le travail, profitant de l’antisémitisme ambiant. L’armée française, quelques années avant la grande guerre semble bien défaillante.

– Très rares sont les personnes qui s’intéressent à la vérité des faits et se battent pour la reconstituer. La majorité des protagonistes tiennent à rester dans leur zone de confort quitte à vendre leur âme.

Le film ne pouvait embrasser toutes les problématiques de cette affaire et semble extérieur aux effets de la crise sur la société et le peuple français. Ceci dit, certaines scènes courtes et fortes donnent une idée de l’atmosphère qui régnait en France : On voit un pays divisé par l’affaire et un antisémitisme latent ( Les titres des journaux, les réflexions des uns et des autres, la scène choc de l’autodafé des livres de Zola). L’opinion semble pencher vers l’Etat Major. (La scène des applaudissements devant le tribunal).

J’ai trouvé le film factuel et soucieux de restituer un moment crucial de l’Histoire.

Roman Polanski propose une introduction pertinente pour qui étudierait l’Histoire de la France du début du 20ème siècle.

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7 commentaires pour « J’accuse » de Roman Polanski ****

  1. ceciloule dit :

    J’hésitais à aller le voir jusqu’à lire et entendre que Polanski s’identifiait à Dreyfus et tissait de nombreux parallèles entre les affaires qui le touchent et cette affaire qui ébranla la société française au début du xxème…

    • Bonjour Céciloule,
      Je pense qu’un film est aussi un travail d’équipe (acteurs, techniciens ..) Polanski n’est pas le seul « auteur » du film, on peut aller le voir pour tout ce travail d’équipe. De plus, l’interprétation d’un film n’appartient pas au metteur en scène, mais aux spectateurs et à la postérité à mon avis. Je pense qu’on peut regarder le film indépendamment des propos rapportés de Polanski. L’interprétation du film les dépassent. En se basant sur le film uniquement on ne saisit pas forcément de parallèle entre la vie de Polanski et celle de Dreyfus, comme dit ça va au-delà. Il est avant tout une fidèle reconstitution historique de l’enquête rigoureuse du colonel Picquard .
      Et puis, le fait que des instances médiatiques condamnent moralement ce film et appellent au boycott m’a donné encore plus envie de le regarder !
      Je n’aime pas qu’on essaie de m’empêcher de regarder un film !
      Voilà Ceciloule, juste ma position. Merci pour ton intervention. Bonne journée

      • ceciloule dit :

        Merci pour ta réponse, argumentée et à laquelle j’adhère en partie seulement… en soi je ne suis pas pour assimiler l’homme à l’artiste mais quand l’artiste assimile lui même sa vie à son œuvre, eh bien je freine des quatre fers !
        Bonne soirée à toi et merci pour cet échange 🙂

  2. princecranoir dit :

    Excellente chronique.
    Le film dit parfaitement en effet que la vérité durable est bien celle qui est dite la première. Aux yeux de bien des gens encore aujourd’hui, Dreyfus est toujours coupable. Boisset a raconté dans le détail l’hostilité des autorités militaires refusant de collaborer au tournage de son « affaire Dreyfus » un siècle après les faits. A l’heure des réseaux sociaux, rien ne change.

  3. Bonjour Princecranoir, merci pour ces précisions, j’ignorais l’hostilité des autorités militaires. Merci pour le compliment.

  4. Beel dit :

    bon article, super film, je le conseille à tous

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