« Le sens de la fête » de Olivier Nakache et Eric Toledano ****

Max est organisateur d’événements. Avec son équipe il prépare et orchestre le banquet d’un mariage dans un château du XVIIème siècle.

Olivier Nakache et Eric Toledano nous mènent tour à tour dans les cuisines, l’intendance, chez le DJ, avec le photographe, les mariés, les invités, nous faisant découvrir des personnages extrêmement bien croqués qui finissent par devenir chacun attachant et pittoresque.

Le film pourrait être une métaphore du monde du travail et des équipes professionnelles. Très réaliste, tant les situations et personnages sont proches du monde réel, malgré la cocasserie de l’ensemble.

Je dirais que ce film bien rythmé est comme comme un bon Champagne : avec beaucoup d’équilibre : fin, pétillant, léger, frais  et euphorisant, mais juste ce qu’il faut.

https://www.senscritique.com/film/Le_Sens_de_la_fete/21326351

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« Le château de verre » de Destin Cretton **

D’après une histoire vraie.

En 1989, Jeannette Walls, journaliste à New York est sur le point de se marier. Un jour en rentrant chez elle en taxi elle croise ses parents en train de fouiller dans les poubelles : ils sont sans domicile fixe et squattent à New York.

Jeannette se remémore son enfance avec ses deux soeurs et son frère. Une vie de bohème, déscolarisés, une mère artiste peintre, un père alcoolique qui va de petit boulot en petit boulot, de ville en ville à travers les USA. Ils finissent par se fixer non loin des grands-parents paternels, des Thénardier du 20ème siècle.

Délaissés par leurs parents sur le plan scolaire, les enfants s’organisent, économisent de l’argent, afin de pouvoir se payer des études et quitter la maison.

L’intérêt du film réside dans la relation entre Jeannette et son père, ambivalente et complexe. Malgré ses défaillances, son alcoolisme, ses côtés détestables, Rex Walls a su se faire aimer par la jeune femme, surtout lorsqu’elle était encore enfant, lorsqu’elle voyait en lui juste l’homme fantasque, original, exubérant, aimant.

Woody Harrelson compose vraiment bien son rôle.

Ce qui intrigue, c’est la réussite en partie de cette éducation apparemment chaotique, les 4 enfants sont en effet devenus des adultes débrouillards et « normaux ».

Le film questionne les méthodes d’éducation marginales comme l’ont fait auparavant « A bout de course », « Big Fish » ou encore « Capitain Fantastic ».

« Le château de verre » me paraît plus glauque, avec moins d’analyses que ceux cités.

Film à voir, tout de même.

https://www.senscritique.com/film/Le_Chateau_de_verre/19656497

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« Le jeune Karl Marx » de Raoul Peck ***

Vous le savez, j’aime beaucoup les biopics ou films sur les hommes/femmes célèbres. Je n’ai pas encore vu le film sur JL Godard, mais aujourd’hui celui sur le jeune Karl Marx.

Raoul Peck s’attache à 4 années de la vie de Karl Marx, sa femme, Friedrich Engels et sa femme, entre 1844 et 1848 juste après la rédaction du « Manifeste du communisme ».

Même si la fin du film -conclusion et conséquences- emprunte des raccourcis historiques (parfois faux) et ne met aucun événement ultérieur sous les feux de la critique et s’embrouille un peu, le film est tout à fait passionnant et bien réalisé.

Il est impossible d’expliquer une pensée par un film, mais les débats sans vulgarisation, parfois complexes, offrent une porte d’entrée vers ces idées qui ont alimenté la vie politique et l’Histoire depuis la moitié du XIX ème siècle. On assiste à des discussions avec les jeunes Hégéliens, avec Proudhon, les membres de la ligue des justes, entre Marx et Engels..

Décors et costumes permettent une immersion dans ce que pouvait être l’Europe au XIXème siècle. Pauvres, Karl Marx et sa femme, issue de la noblesse qu’elle a délaissée, sont constamment en exil. Une attention est portée à la description de leur vie quotidienne.

Le jeune homme tente d’apporter l’appui de sa pensée aux mouvements sociaux et politiques. Une amitié va se tisser avec le fils de l’industriel Engels, auteur d’un ouvrage sur le monde ouvrier anglais.

Ils parlent tantôt en Allemand, tantôt en Anglais ou en Français, leur déracinement leur confère cette dimension européenne.

J’ai beaucoup apprécié la place et le rôle des femmes : égales, solidaires et intelligentes.

Ce sont des penseurs incontournables et marquants.  Le film parvient à donner envie de lire ou relire certains textes de Karl Marx, quelle que puisse être notre opinion politique.

https://www.senscritique.com/film/Le_jeune_Karl_Marx/19049823

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« Faute d’amour » de Andrei Zviaguintsev *****

Les environs de Saint Petersbourg, en 2012, à l’époque du fameux calendrier Maya annonçant la fin du monde, quelques mois avant la crise Ukrainienne.

Un homme et une femme en train de divorcer, cherchent à vendre leur appartement et à trouver une solution pour leur fils de 12 ans, Aliocha, dont personne ne veut. Aliocha est le témoin caché de propos haineux et violents.

Le lendemain et pendant plus de 24 heures les parents poursuivent leur vie : salon de beauté, travail, ébats sexuels chacun avec son nouveau/sa nouvelle amant/maîtresse. C’est finalement la professeure principale qui annonce l’absence de plus de 24 h de l’enfant à sa famille. Personne ne s’en étant rendu compte. C’est vraiment le passage le plus triste du film.

La police oriente le couple vers une association de volontaires spécialisée dans la disparition d’enfants.

La film est composé de 4 parties : la présentation de la crise familiale, 24 h de la vie de chaque membre du couple, la recherche d’Aliocha, avec quelques moments de cauchemar chez la grand mère et le grand professionnalisme de l’équipe de recherche ; quelques mois plus tard.

De la Russie soviétique, il ne reste que ce bâtiment en ruine au milieu de la forêt avec les vestiges d’une décoration digne des années 50, ou le profil décharné des quartiers avec des immeubles à n’en plus finir. Sinon, c’est le confort « occidental » et les technologies de pointe ou la mode du fitness. Les signes extérieurs présument une société mondialisée, une de plus.

Et il lui manque, un coeur, une âme, surtout un peu d’amour. Seuls les bénévoles dévoués de l’association montrent un peu d’humanité.

Sinon, avec des dialogues sortis à la fois d’un film d’Ingmar Bergmann et d’un roman russe pré-révolutionnaire, le film présente une humanité proche du déclin, vidée de sa substance. Il en découle un sentiment de tristesse et du nihilisme.

La mise en scène, le scénario, le jeu des acteurs accompagnent ce vide et cette froideur avec une perfection tout aussi sidérante.

Attention, chef-d’oeuvre .

https://www.senscritique.com/film/Faute_d_amour/21868777

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« Gauguin-Voyage de Tahiti » de Edouard Deluc ***

Le film raconte un épisode de la vie de Paul Gauguin : son premier séjour à Tahiti débutant en 1891, jusqu’à son rapatriement.

Laissant femme et enfants en Europe, sans le sou, Paul Gauguin espère trouver matière à créer et de quoi vivre en Polynésie Française. Il va y rencontrer Tehura. Si sa créativité est foisonnante, il ne parviendra pas à gagner sa vie.

Le film d’abord, met en valeur l’île de Tahiti et ses habitants. Edouard Deluc dépeint des personnes simples et aimables, juste paisibles et accueillantes. La présence française fait un peu tache. Sinon, elle a apporté religion, médecine et nouvelles modes vestimentaires.

Paul Gauguin apparaît comme un homme déchu et pauvre, malgré le long moment de bonheur que lui a apporté Tehura. C’est incroyable à quelle point la jeune actrice ressemble aux femmes des tableaux de l’artiste.

J’apprécie les films sages, voire académiques lorsqu’il s’agit de parler d’artistes, même des avant-gardistes, cela leur laisse humblement toute la place sur l’écran.

Le seul reproche : le manque de couleurs.  Les tableaux du peintre sont à ce point colorés et lumineux, cette lumière n’est pas rendue par l’image cinématographique. La lumière vient des désirs de l’acteur, y compris celui de peindre, et de la jeune Tehura.

https://www.senscritique.com/film/Gauguin_Voyage_de_Tahiti/25474914

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« Les grands esprits » de Olivier Ayache-Vidal ****

Ce film très optimiste, malgré un constat qui égratigne non sans causticité l’Education Nationale, est porté par Denis Podalydès spirituel et fin et aussi par le jeune Abdoulaye Diallo.

François Foucault, professeur agrégé du Lycée Henri IV se trouve parachuté, suite à un quiproquo, dans un collège de quartier. Une phrase lors d’une séance de dédicace « il faudrait nommer des professeurs expérimentés dans les quartiers difficiles ». En fait c’est ce que le film démontre. Ca risque de ne pas plaire à tout le monde et aussi ce n’est peut-être pas suffisant.

Toujours est-il que le film qui sonne très juste, souvent drôle, fin et bien vu, montre un professeur qui ne renonce ni à lui-même ni à ses principes. Il vouvoie et impose le vouvoiement et un respect réciproque. Il est très sévère avec une souplesse pleine d’esprit. Il se bat pour maintenir le savoir au centre de l’enseignement et fait honneur au chef d’oeuvre de Victor Hugo, « Les Misérables », ou emmène ses élèves à Versailles et non à Disneyland.

Peu de profs du collège l’apprécient au final, pas davantage que l’administration, pourtant il va faire progresser ses élèves.

Ce film pétillant délivre son message sans démagogie et donne à réfléchir.

https://www.senscritique.com/film/Les_grands_esprits/25408621

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« Mary » de Marc Webb ***

Mary, suite au suicide de sa mère, mathématicienne de génie, est élevée par son oncle, ex professeur de philosophie, devenu réparateur de bateaux.

La rentrée scolaire en CP va permettre de déceler que Mary est surdouée.

Arrive la grand-mère maternelle, persuadée que l’enfant doit pouvoir bénéficier d’une éducation hors norme. L’oncle de Mary, lui, ne souhaite que lui offrir une enfance normale. S’en suit un procès.

Le débat sur l’éducation des surdoués reste assez superficiel. Le scénario est édulcoré (heureusement pour le chat borgne, Fred).

Ceci dit, la relation entre l’oncle et la petite fille est très poignante, très bien jouée et constitue l’intérêt majeur du film, par ailleurs très agréable à regarder.

https://www.senscritique.com/film/Mary/17040781

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« Valérian et Laureline » la Bédé réédition de l’oeuvre Intégrale *****

Exceptionnellement je dédie un article à une bédé.

Une littérature abondante a été publiée sur cette bande dessinée mythique, considérée par certains comme archétypale. Je ne puis qu’être humble à côté de cela.

Je ne la connaissais pas avant d’avoir vu le film de Luc Besson, « Valérian et les mille planètes ». Depuis quelques semaines je découvre la saga grâce à la lecture de la réédition des épisodes sous forme de version intégrale chez Dargaud. J’en suis à un peu plus de la moitié de l’oeuvre.

En quelques mots : chef d’oeuvre, richesse scénaristique et imaginative, personnages décalés, humour, analyse politique fine et non classable.

Les albums n’ont rien de formaté, d’idéologique ou de modélisé. Chaque épisode est un petit chef d’oeuvre, une création originale. Si les idées sont a priori de gauche, elles se retrouvent au final exposées à l’humour, au décalage, à l’absence de théorisation et n’ont rien de définitif. Ce sont des odes à la liberté, à l’imagination et à l’égalité, tant au plan des idées, des scénarios que des graphismes.

Je suis reconnaissante à Luc Besson d’avoir dédié un film à ces héros, qui rende hommage à la Bédé, mais aussi aux récents films de science fiction (j’ai pensé à Avatar, à Star Treck), car même s’il a détourné l’original en ajoutant des touches de son imaginaire propre, il m’a donné envie de connaître l’oeuvre de Christin et Mézières, tout à fait passionnante.

Vous avez compris que je recommande la lecture des Bédés, comme le visionnage du film, sans modération.

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« Barbara » de Mathieu Amalric *

Jeanne Balibar est l’actrice idéale pour incarner Barbara au cinéma, tant par sa fine silhouette brune, son talent que par son timbre de voix et son regard de braise. J’aime beaucoup Mathieu Amalric, je suis une admiratrice de Barbara. Et pourtant, je ne suis pas vraiment convaincue par ce film, malgré des qualités indéniables.

L’identification entre l’actrice et la chanteuse est troublante au point de parfois provoquer la confusion entre les deux femmes comme dans un jeu de miroir. Certains moments de la vie de Barbara sont évoqués comme son implication auprès d’actup, les concerts qu’elle donne dans les prisons pour femmes, sa relation avec Jacques Brel. Certains cadrages et éclairages sont vraiment réussis. Les interprétations de chansons par Jeanne Balibar ou Barbara sont très belles.

Cependant …Le tout à mon goût, reste abstrait. A force de filmer le film qui se joue dans le film, de passer de vrais décors à faux semblants, le cinéaste semble en rester là, sans fil conducteur (ni thématique, ni logique, ni chronologique) et présente une histoire hermétique, peu lisible.

Le film ne m’a pas vraiment donné envie d’écouter un disque de la grande artiste dans l’immédiat.

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« Otez-moi d’un doute » de Carine Tardieu ***

Voici une comédie tout à fait réjouissante, avec quelques moments très drôles ,une ambiance sympathique, une virée en Bretagne, un scénario avec coups de théâtre et moments de vérité …ou de doute.

Les six acteurs principaux sont tous excellents : François Damiens, très touchant dans ce rôle de père pudique et taiseux ; Cécile de France et son sourire rayonnant, Guy Marchand et André Wilms deux papis pétillants, philosophes et graves à la fois ; Alice de Lencquesaing fragile et dynamique ; Esteban foufou et sérieux aussi.

L’histoire met en scène 4 pères différents. Carine Tardieu, sur le ton de la comédie parle de paternité avec beaucoup de profondeur.

Une comédie intelligente à ne pas manquer cette semaine.

https://www.senscritique.com/film/Otez_moi_d_un_doute/25005494

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