« Le secret de Khéops » de Barbara Schulz ****

Plusieurs étoiles pour ce premier film de Barbara Schulz, très divertissant et drôle, ce qui fait du bien en cette fin d’hiver 2025.

C’est l’histoire d’un égyptologue (Fabrice Luchini) et de sa famille (dont sa fille jouée par Julia Piaton), partis à la recherche d’un trésor égyptien, au Caire puis en France.

Le rythme est très soutenu ; les quiproquos, les péripéties et les gags se multiplient ; le ton est donné dès les premières minutes ; la police et les mafieux s’en mêlent ; les références historiques sont passionnantes avec plusieurs énigmes à résoudre ; s’ajoutent des relations familiales compliquées et touchantes ; le suspense ne lâche pas ; et même si parfois les déductions des chasseurs de trésor semblent rapides, la cohérence reste intacte : voici un film d’aventure très sympathique avec une belle French touch.

Le Caire est particulièrement bien filmé et le spectateur est entraîné dans Paris et environs, avec ses monuments et musées.

Les acteurs ne se prennent pas trop au sérieux, surtout Fabrice Luchini et son sourire qui parfois étincelle. Julia Piaton est complètement impliquée en mère inquiète et fille trahie. Les seconds rôles ne déçoivent pas.

Pour s’évader pendant un peu plus d’une heure trente.

Sur Sens critique.

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« The Brutalist » de Brady Corbet ****

En 1947, un homme (Adrien Brody), cahoté dans les transports terrestres et maritimes, débarque avec la foule à New York, qu’on devine en apercevant la statue de la Liberté en diagonale.

Une voix de femme accompagne ce voyage et la caméra épouse le mouvement chaotique de cette arrivée aux USA. L’homme, Laszlo Toth, est hébergé chez son cousin Attila à Philadelphie, où il le seconde dans son magasin de meubles. La vie de Toth est ponctuée par des prises de stupéfiants, des moments passés avec des femmes et avec son ami Gordon (Isaak de Bankolé). Attila met son cousin à la porte, suite à des accusations fausses de sa femme.

Avant son renvoi, Laszlo fait la connaissance d’un homme puissant et riche : Harrison Lee Van Buren (Guy Pearce), qui le recontactera plus tard pour un projet démesuré.

Brady Corbet donne les informations avec parcimonie. Par le biais de paroles entendues ici et là, des échanges épistolaires, le spectateur apprend que Toth est un Juif Hongrois, architecte célèbre en Europe avant la guerre. Sa femme Erszebet et sa nièce Zsofia sont toujours en Europe et rencontrent des difficultés pour émigrer aux USA.

Le film a été entièrement tourné en Hongrie, avec du matériel non numérique. Si la vie Laszlo Toth fait écho à celle d’un architecte Hongrois du mouvement brutaliste (mouvement des années 50 auquel appartient Le Corbusier), l’histoire du film est complètement imaginaire et l’institut que bâtit Laszlo Toth dans le film, créé par les décorateurs.

Brady Corbet raconte l’histoire d’un homme broyé par les camps de concentration, anéanti dès le début du film. Si des indices le suggèrent (addictions, impossibilité de se défendre face à la cruauté), le spectateur découvre l’ampleur immense de cette destruction au fur et à mesure et à la fin du film. La traversée des ténèbres de l’enfer semblait prendre fin avec cet exil loin de l’Europe. Laszlo Toth reste embourbé dans des rapports humains dominé par un bourreau.

Les histoires de Erszebet et de Zsofia sont différentes, Zsofia trouve son salut en partant dans le récent Etat d’Israël.

Détruit, Laszlo Toth pourtant se bat pour construire quelque chose. Son langage architectural, comme le langage cinématographique de ce film, est minimaliste, à l’état brut, sans aucune fioriture, vertigineux ; unique narrateur d’un passé indicible.

L’amour qui unit Laszo et Erszebet est lui sublime, transcendant le film de bout en bout. Cet amour donne un sens à l’oeuvre de l’architecte, de la dignité et la force de se tenir debout, la possibilité de lever le regard en haut, vers une possible évasion.

Ce film joué par des acteurs tous exceptionnels est dérangeant et ne m’a pas laissée indifférente. Il laisse une empreinte de toute l’horreur commise au 20ème siècle. l’Amour et le retour en Israël comme uniques saluts.

Je mets les étoiles pour le travail colossal autour de ce film, même s’il n’est pas parfait. Je trouve le portrait complexe de Laszlo Toth très crédible et bouleversant.

Les articles de :

Princecranoir

Dasola

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Les Max’s : Gala du 60 ème anniversaire, au Relais culturel de Thann *****

C’est à guichet fermé, que vendredi 21 et samedi 22 février, une salle comble a pu découvrir et acclamer ce gala d’exception. (Une 3ème représentation aura lieu le 15 mars à Dannemarie)

Groupe créé en 1964, Les Max’s, ce sont près d’une dizaine de chanteurs, et des musiciens (accordéon, clavier, guitares, batterie), réunissant des talents de plusieurs générations. Ils offrent depuis 60 ans des spectacles de haut vol dans ce coin d’Alsace, faisant honneur à la chanson française et d’ailleurs.

Je mets en lien l’article du journal les DNA (Dernières nouvelles d’Alsace) qui détaille l’histoire et la composition du groupe.  

La lumière s’éteint, des ombres se glissent derrière deux rideaux mobiles. Après des remerciements aux différents partenaires, après une présentation des musiciens, des chanteurs, du metteur en scène, place au spectacle !

Je me suis sentie emportée dans un tourbillon musical de près de 2h30, sans temps mort, coordonné à la perfection, avec une succession de plusieurs dizaines de chansons, sous forme de tableaux et des morceaux solos : un set Jazzy, un tableau sur le voyage et « partir », un tableau « bouffe », un tableau sur Paris et des chansons mythiques comme « La javanaise », »Amsterdam », « L’Aigle Noir ». Et un très beau final.

J’ai retrouvé « Et moi je chante », « Diego », « Allumer le feu », « Show must go on », « Sur la route de Memphis », « Harley Davidson », « Tour de France », et tant d’autres que je connaissais ou non.

Les Max’s sont un groupe d’artistes amateurs, ce qui me sidère face à la dimension quasi-professionnelle de l’ensemble (mixage, éclairage, chorégraphies, succession des morceaux).

J’ai beaucoup aimé la place donnée au collectif, mais aussi à chaque talent individuel qui a pu s’exprimer tout au long de la soirée.

Mais pour moi, le plus beau du spectacle, ce sont ces différentes voix ,variées, allant de basse à ténor, avec certaines tessitures très étendues, avec des timbres singuliers, sensibles et délicats, puissants, travaillés, toujours faisant vibrer.

Si derrière ce spectacle on devine des heures de travail, la légèreté, la bonne humeur, l’émotion donnent toute leur place au plaisir et au bonheur du spectateur.

Il s’agit du dernier gala pour certains des artistes, qui tirent leur révérence après des années de présence sur scène. L’émotion était palpable, les ovations saisissantes, chaleureuses et intenses.

Bravo et merci pour ces moments magiques !

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« Bridget Jones : Folle de lui » de Michael Morris ***

J’étais au rendez-vous en ce début 2025 pour ce quatrième film dédié à la britannique gaffeuse Bridget Jones.

Bridget Jones (Renée Zellweger) se prépare à sortir et laisser ses 2 enfants à la maison, David Cleever, son vieil ami (Hugh Grant) au bout du fil. David arrive pour garder les enfants et Bridget se rend à une commémoration en l’honneur de son défunt mari Mark Darcy (Colin Firth).

Bridget a maintenant plus de 50 ans et une vie à reconstruire, inconsolable après 4 années de deuil.

Bien sûr les aventures de Bridget Jones n’ont jamais constitué des monuments du cinéma, cela dit je les ai tous vus, sous le charme de cette héroïne imparfaite et de ses improbables mimiques.

Si « Bridget Jones : Folle de lui » est teinté de nostalgie, parfois de tristesse ; j’y ai retrouvé l’humour british assez direct, les romances multiples, des acteurs irrésistibles, notamment Hugh Grant sur le retour et la gynécologue jouée par Emma Thompson.

Le ton léger fait du bien, la drôlerie de l’ensemble faisant parfois place à des bons sentiments.

J’ai bien aimé.

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« Jane Austen a gâché ma vie » de Laura Piani ****

Agathe (Camille Rutherford), célibataire depuis quelques années, vit à Paris avec sa soeur et son neveu de 6 ans. Elle travaille dans une librairie avec son meilleur ami, Félix. Agathe écrit des débuts de romans pendant ses heures perdues. Un jour, après l’envoi de ses manuscrits par son ami Félix, Agathe est invitée à séjourner à la résidence d’auteurs de Jane Austen en Angleterre.

Les différents personnages se révèlent.

Dans ce premier film, qui semble issu d’une caméra expérimentée, Laura Piani effectue un travail approfondi. Les décors sont parfaits : la librairie parisienne comme la résidence de Jane Austen. Les dialogues sont teintés d’humour parfois cash, et d’originalité. Les acteurs ont de la présence ; leurs mots, expressions et gestes parlent discrètement.

C’est un film charmant avec un scénario profond mais tourné avec légèreté.

Une petite pépite à ne pas manquer s’il passe près de chez vous et si vous aimez les histoires un rien romantiques.

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« Paddington au Pérou » de Dougal Wilson

J’avais adoré les 2 premiers films sur Paddington de Paul King, petits bijoux de films pour enfants, avec des acteurs attachants et des trouvailles scénaristiques et visuelles débordant d’imagination, trouvailles dignes de Wes Anderson.

Si c’était sympathique de retrouver l’ourson à la voix doublée par Guillaume Gallienne, j’ai été déçue par le scénario sorti des studios Disney, et par les acteurs moins impliqués dans l’histoire. Il manquait à l’appel la délicieuse Sally Hawkins dans le rôle de Mme Brown.

L’histoire ressemble à beaucoup d’autres, malgré certaines scènes épiques haletantes et bien ficelées. J’ai pensé à Kung Fu Panda ou à d’autres films Disney qui se déroulent aussi dans les forêts amazoniennes.

Le film plaira je pense au jeune public mais peut-être moins aux plus âgés.

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« Un parfait inconnu » de James Mangold ****

Ce biopic met en lumière les débuts de Bob Dylan entre 1961 et 1965, de New York à Newport, lieu d’un célèbre festival de musique folk, et son passage à la musique électrique.

En 1961, un jeune homme, guitare en bandoulière, débarque à New York et cherche à rencontrer Woody Guthrie, hospitalisé pour une maladie dégénérative. A l’hôpital il rencontre Peete Seeger qui va l’aider à se lancer dans les lieux musicaux New-Yorkais.

Bob Dylan va évoluer comme une comète.

Le temps passe très vite dans la salle, j’ai été emportée par une bande son superbe, sachant que tous les morceaux sont interprétés par les acteurs eux-mêmes. J’ai découvert le grand talent de Timothée Chalamet (Bob Dylan) et de Monica Barbaro (Joan Baez).

Les événements historiques de l’époque sont intégrés de façon très fine et percutante : la lutte pour les droits civiques, la crise des missiles, l’assassinat de Kennedy. J’ai aussi beaucoup aimé la reconstitution du New York des années 60.

Si le film apporte des éléments sur la vie de Bob Dylan, il met en scène le destin d’un artiste sans cesse en recherche de nouveauté, surtout de liberté et d’émancipation. Si à 20 ans, il s’ancre dans les musiques du moment, en créant toutefois des chansons d’exception ; son élan et sa rébellion artistiques le mènent vers des créations hors norme.

Un film que je conseille.

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« La chambre d’à côté » de Pedro Almodovar ***

New York, de nos jours. Ingrid (Julianne Moore) vient d’emménager. Elle dédicace son dernier livre dans une librairie. Là, une amie lui apprend que Martha (Tilda Swinton), qu’elle a perdue de vue est hospitalisée pour un cancer agressif.

Ingrid rend visite à Martha qui a de l’espoir dans les protocoles médicaux. Les amies se retrouvent et échangent des souvenirs et des nouvelles, que le spectateur découvre par des flash-back. Martha, reporter de guerre, entretient des relations tendues et distantes avec sa fille Michèle. Martha a eu un amant commun avec Ingrid.

Malheureusement, les nouveaux traitements contre le cancer n’ont pas d’effets sur Martha, dont l’état décline brusquement.

Martha demande alors à Ingrid, un ultime acte d’amitié.

« La chambre d’à côté » multiplie les références artistiques, dont par exemple Edward Hopper (pour les cadrages, lumières, couleurs, lignes…), « Persona » de Bergman, « Les gens de Dublin » de James Joyce …

Pedro Almodovar ne cache ni ses opinions politiques, ni ses opinions sur l’euthanasie.

Les actrices sont superbement filmées, costumées, maquillées ou non, notamment Tilda Swinton dont la singularité magnétise. Le moindre détail dans la réalisation est soigné, voire parfait. Le choix musical est très bien adapté à l’ensemble.

Je n’ai pas trop adhéré à tout ce qui est textuel : trop intellectuel, fermé à tout débat et tout questionnement. J’ai trouvé que les dialogues manquaient de doute, de chair, de vie.

Pour reprendre des termes de l’esthétique Nietzschéenne, Almodovar avait habitué le spectateur à des visions dionysiaques du monde. Ici son regard devient Apollinien, pour le plus grand plaisir visuel du spectateur. Mais face à une telle tragédie : souffrir d’un grave cancer et demander à quelqu’un un accompagnement vers le suicide ; ce choix esthétique est-il adéquat ?

L’article de Dasola.

Sur Sens critique.

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« Hiver à Sokcho » de Koya Kamura ***

Sokcho, une ville sud-coréenne non loin de la frontière oscille entre tradition et modernité. Cet hiver, alors que Sokcho est désertée par les touristes, Soo-Ha, jeune femme de 23 ans travaille dans une pension austère, tenue par un veuf. La jeune femme vit entre son petit ami et sa mère, marchande de poissons spécialisée dans le Fugu. Arrive un français, Yan Kerrand, auteur de bandes dessinées, venu à Sokcho pour chercher de l’inspiration. Soo-Ha lui sert d’interprète et de guide à Sokcho.

L’histoire est centrée sur Soo-Ha, ses gestes quotidiens, notamment à la cuisine, sa fascination pour Yan Kerrand, ses difficultés à s’accepter, sa relation avec ses proches, ses questions sur son père, un pêcheur français parti depuis longtemps.

Si Yan Kerrand reste distant, assez abrupt et essentiellement intéressé par ce qui pourra l’aider dans ses créations ; Soo-Ha investit davantage d’émotions dans cette relation éphémère. L’hiver, bien ressenti à travers les belles images bleutées de la ville enneigée, finira par tout mettre à sa place. Soo-Ha semble avoir mûri après cet hiver tranquille juste en apparence.

Si le film ne m’a pas paru vraiment abouti, j’ai bien aimé les évocations de la ville, de l’hiver, des traditions coréennes, de la vie à la pension.

Sur Sens critique.

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« 12 hommes en colère » de Sydney Lumet 1957 *****

J’avais très envie de visionner « 12 hommes en colère » réalisé en 1957 par Sydney Lumet, film auquel Clint Eastwood rend hommage à travers son dernier film « Juré n°2 ».

Les premiers plans montrent l’entrée d’un tribunal, puis une salle d’audience dans laquelle le juge invite les jurés à délibérer sur le sort d’un jeune homme accusé de crime et susceptible d’être condamné à mort.

Après un plan poignant sur le visage du condamné, les jurés rejoignent la salle qui leur est dédiée. Après quelques instants un vote a lieu. Le juré n°8 (Henri Fonda) est le seul à voter « non coupable ».

S’en suit un huis-clos pendant lequel les 12 jurés débattent, posent leurs arguments, jusqu’à se mettre d’accord sur un verdict.

Je ne prends aucun risque en affirmant que ce film est un chef-d’oeuvre, parce qu’il rencontre l’unanimité dans les criques que j’ai lues.

Il brille par sa sobriété, par un choix de plans jamais répétitifs ni ennuyeux, par une mise en valeur exceptionnelle des visages et des expressions par le noir et blanc. Il brille également par la qualité des débats et leur évolution, par la capacité d’Henri Fonda à semer le doute sur tous les témoignages qui semblaient présenter les faits de façon évidente.

Le déplacement et les mouvements des jurés sont quasiment chorégraphiés et pourtant empreints de naturel.

Le regard plein d’humanité de Henri Fonda sur le jeune condamné mène vers une réflexion sur la justice et la notion de »doute raisonnable ».

Si vous regardez les 2 films « Juré n°2 » et « 12 hommes en colère », vous noterez bien sûr des points communs. Dans la mise en scène, Clint Easwood se place dans la continuité de Lumet par ses choix de simplicité et d’économie de moyens, ses acteurs au visage et au corps expressifs.

Bien sûr le scénario de Jonathan Abrams prends des libertés que je vous laisse découvrir. J’ai noté 2 points communs importants : le vote initial des jurés à 1 contre 11 ; le juré ancré dans ses préjugés et ses certitudes quant à la culpabilité d’un homme à partir de son seul profil.

Mon article sur « Juré n°2 ».

De beaux moments de cinéma !

Sur Sens critique.

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