3 films vus en streaming : « Mémoires d’un escargot »*****, « A real pain »**** et « Astéroïd city » ***

« Mémoires d’un escargot » de Adam Elliot *****

Ce petit chef d’oeuvre est un film d’animation en stop motion, pour adultes et grands adolescents. En Australie, une jeune femme, Grace Pudel, vient d’enterrer « Petit Doigt », une vieille dame qu’elle aimait beaucoup. Dans son jardin, où elle relâche un escargot, Grace se souvient. D’abord de son enfance avec son frère et son père invalide, après le décès de sa mère. Malheureusement, Mr Pudel va décéder, laissant 2 orphelins. Chaque image est une prouesse technique, un travail dans les détails très minutieux. C’est une histoire de dépression, de résilience, de deuil, avec des personnages hauts en couleur et des personnages avec des singularités qui peuvent étonner pour un film d’animation : des échangistes, des pervers, une secte de fanatiques religieux. J’ai beaucoup aimé tout ce qu’a osé Adam Elliot pour son scénario. Malgré l’obscurité qui traverse l’histoire, la lumière va reprendre ses droits. Je le conseille, si vous l’avez raté à sa sortie en salles.

« A real pain » de Jesse Eisenberg ****

Comme « Mémoires d’un escargot », le film de Jesse Eisenberg n’est pas sorti en salle dans mon coin. Je le conseille aussi vivement. Deux cousins de confession juive, David et Benji, très proches affectivement, mais aux tempéraments opposés, se retrouvent à l’aéroport de New York. Ils vont participer à un voyage organisé en petit groupe en Pologne, suite au décès de leur grand-mère, ancienne rescapée des camps de concentration. Ce film très réaliste raconte un voyage commémoratif en Pologne, richement illustré et commenté. Un voyage qui remue à sa façon chaque membre du groupe de voyageurs (notamment Benji), concerné de près ou de loin par l’Histoire des Juifs de Pologne. Les dialogues m’ont rappelé Woody Allen, avec un humour bavard que j’ai bien aimé ; humour tout à fait intégré à ce voyage du 21ème siècle, donnant du relief aux autres émotions plus graves. Un très beau film, intéressant, avec de la profondeur et de la richesse.

« Astéroïd city » de Wes Anderson ***

Sorti l’an dernier, je ne l’avais pas vu, après avoir lu des critiques mitigées. Et pourtant je trouve que c’est un bon film. Tout en pastel, le décor se pose dans le désert près d’une zone d’essais nucléaires, dans les années 50. Plusieurs personnes se retrouvent à Astéroïd city pour la remise de prix d’un concours de sciences dédiés aux jeunes. Tout est très travaillé : la composition des plans, les dialogues foisonnants, les costumes. Le scénario lui est farfelu et drôle, avec des moments plus graves. J’ai bien accroché aux histoires racontées, l’ensemble a du charme, peut-être moins que dans les précédents films de Wes Anderson, mais tout de même. J’ai nettement moins aimé a « French Disptach », vu aussi récemment, pour lequel je ne ferai pas de chronique.

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« Avignon » de Johann Dionnet ****

4 étoiles pour ce marivaudage au ton léger, plus profond qu’il n’y paraît.

Serge (Lyes Salem) et sa troupe, dont Stéphane (Baptiste Lecaplain), partent au festival d’Avignon, présenter une comédie de boulevard : « ma soeur s’incruste ».

Stéphane y croise Fanny (Elisa Erka) et pour la séduire , s’engouffre malgré lui dans un mensonge avec lequel il aura du mal à se dépêtrer.

En même temps la troupe de Stéphane qui joue un théâtre non subventionné, rencontre des difficultés financières.

J’ai beaucoup aimé l’ensemble : scénario, mise en scène, dialogues, décors.. Les histoires d’amour qui se dessinent, s’inscrivent dans un festival d’Avignon où le snobisme domine avec une hiérarchie dans le théâtre : les pièces dignes d’être applaudies et les autres.

Johann Dionnet rend hommage aux comédies et au théâtre de Boulevard, sur le fond et dans la forme de son film.

Un bon moment de cinéma pour commencer l’été.

Sur Sens critique.

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« Freud, la dernière confession » de Matt Brown ***

1939 : La guerre est déclarée, Londres menacée par les bombes. C.S. Lewis, auteur de « la chambre de Narnia », professeur à Oxford et membre du club des Ingklings auquel appartient Tolkien ; prend un train rempli d’enfants envoyés à la campagne, et se rend chez Sigmund Freud. Il croise Anna Freud qui part donner un cours à l’Université. Dans l’appartement des Freud, richement agrémenté par des bibelots de divinités, se joue un huis clos entre l’athée Sigmund Freud et le récemment converti au catholicisme, C.S. Lewis.

Je ne me suis ni ennuyée, ni vraiment perdue dans ces discussions et débats foisonnants, c’est pourquoi je mets des étoiles.

Matt Brown parcourt plusieurs sujets à travers cette rencontre fictive :

  • le débat sur l’existence de Dieu et sur la religion qui n’apporte pas beaucoup plus d’arguments que ceux qu’on peut rencontrer dans un débat lors d’une fête familiale.
  • une approche de la psychanalyse, pas caricaturale heureusement, mais qui n’aborde pas certains points importants (comme la découverte de l’inconscient ou le début des cures par la parole -sauf inattention de ma part.)
  • la relation entre Anna Freud et son père, filmée de façon assez touchante.
  • Et ce que j’ai vraiment apprécié dans le film : l’affrontement psychologique entre les deux hommes, dans lequel chacun pousse son contradicteur dans ses retranchements.

J’ai bien aimé le jeu de Matthew Goode, élégant et fin. Anthony Hopkins est convaincant en vieillard génial proche de la mort.

Malgré tout, ce n’est pas un film coup de coeur, mais intéressant à découvrir.

Sur Sens critique

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« Mission : Impossible – The Final Reckoning » de Christopher MacQuarrie ****

Ce 8ème volet de Mission : Impossible est la seconde partie d’une épopée commencée il y a 2 ans. On reprend l’histoire alors qu’une IA, nommée l’Entité, totalement incontrôlée sème le chaos sur la planète menaçant de conduire l’humanité vers une apocalypse nucléaire.

A la demande de la présidente des USA, Ethan Hunt sort de l’ombre et réunit son équipe pour une course contre la montre de 4 jours, entre les USA, le Royaume Uni l’Arctique et l’Afrique du Sud, à la recherche d’un code source et d’un virus, poursuivant le « méchant », Gabriel.

En plus de cette ultime mission, les spectateurs peuvent assiter à un excellent montage par flash backs sur tous les volets précédents de Mission : Impossible, depuis Prague en 1996.

Dans the Final Reckoning, il y a des bombes nucléaires à désamorcer, des scènes de combat de haut vol, des courses poursuites. Des scènes exceptionnelles : à bord d’avions et surtout dans les abysses de l’Arctique, au sein d’une épave de sous-marin. C’est à couper le souffle, j’étais scotchée dans mon fauteuil.

Les dangers de la vie réelle sont relatifs, comparés aux dangers que doivent affronter ici l’humanité et les agents de Mission : Impossible.

Ce film sombre et angoissant est toutefois éclairé par la force et l’humour des hommes et femmes de Ethan Hunt. Tom Cruise toujours très bon acteur.

Pour les inconditionnels de Mission : Impossible ; et pourquoi pas les autres ?

Sur Sens Critique

La chronique de Princecranoir

La chronique de Dasola

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« Les musiciens » de Grégory Magne *****

Présidente de la fondation d’une grande entreprise familiale, Astrid Thompson veut réaliser le rêve de son père décédé : réunir 4 virtuoses, avec des instruments précieux, 2 violons, 1 violon Alto et 1 violoncelle, des Stradivarius, autour d’un quatuor à cordes écrit par le compositeur toujours vivant Charlie Beaumont. Le quatuor sera enregistré dans une église, les répétitions auront lieu dans l’élégante et luxueuse résidence familiale.

Mais les difficultés ne font que commencer.

Ce film est une pépite, le genre de film que j’aime énormément. Tout est en équilibre et tout y est équilibre : entre humour, émotion, drame et joie ; dans la composition des plans et du montage ; entre lumière et obscurité.

Le scénario, lui aussi équilibré, bien construit et le jeu des acteurs sont fins et subtils.

La part laissée à la musique réserve de très beaux moments : j’ai découvert le magnifique quatuor en réalité composé par Grégoire Hetzel. La connaissance de Grégory Magne de l’univers de la musique classique semble travaillée et précise.

C’est un beau film raffiné et drôle qui parle du chemin parcouru autour d’un projet artistique éphémère.

Sur Sens critique

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« La venue de l’avenir » de Cédric Klapisch ****

Je trouvais le titre du nouveau film de Cédric Klapisch un peu alambiqué, cela dit j’ai beaucoup aimé ce long métrage de plus de 2 heures.

Avec un scénario très original, ambitieux à raison, très bien construit, fluide malgré sa complexité, parsemé de passerelles entre la fin du 19ème siècle et 2025, « la Venue de l’avenir » est un film qui fait beaucoup de bien.

Il est certes critiquable : je n’ai pas trop aimé le choix de l’actrice (Suzanne Lindon) qui joue Adèle, une des héroïnes, manquant de charisme et au jeu figé.

Cela étant, c’est une histoire sans violence. Les personnes sont aimables les unes avec les autres, pas de manipulations ni d’agressions. Pourtant il y a du monde, de nombreux acteurs connus ou moins connus.

Les décors des années 1890 sont beaux, notamment la venue en bateau sur la Seine de la Normandie à Paris. Le contexte historique et artistique est finement évoqué.

La façon de raconter comment des personnes du 21ième siècle découvrent leur héritage et l’histoire d’une de leurs ancêtres est passionnante.

Je recommande.

Sur Sens critique.

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« Partir un jour » de Amélie Bonnin ***

Cécile (Juliette Armanet), vedette de plusieurs émissions culinaires, devient cheffe à Paris dans un restaurant gastronomique. Elle y travaille avec son compagnon, Sofiane (Tewfik Jallab).

Peu de temps avant l’ouverture de son restaurant, elle retourne à la campagne, chez ses parents qui tiennent un restaurant pour routiers, et son parking encombré de poids lourds. Son père vient de faire un infarctus.

« Partir un jour », c’est l’histoire de Cécile et Sofiane, mais aussi l’histoire de Cécile et Raphaël (Bastien Bouillon), de Cécile et son père Gérard (François Rollin), de Cécile et sa mère Fanfan (Dominique Blanc). Le passé fait son intrusion dans le présent, le tout ponctué par des extraits de tubes chantés par les acteurs.

C’est un premier film bien sympathique. Si Amélie Bonnin va au plus simple dans ses décors (une salle de restaurant, une cuisine, un parking de restaurant pour routiers, une boîte de nuit, une fête champêtre)… les relations humaines complexes sont finement mises en scène et évoluent jusqu’à ce que chacun puisse reprendre le cours de sa vie.

J’ai vraiment beaucoup aimé le jeu de Bastien Bouillon éclatant de bonne humeur et de bienveillance, de Juliette Armanet, tourmentée par sa vie actuelle, de François Rollin, père déçu mais aimant, de Dominique Blanc, mère qui comprend tout et souffre de son impuissance -au départ-.

Je n’ai pas vu le temps passer, c’est bon signe.

Sur Sens Critique.

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« Ma mère, Dieu et Sylvie Vartan » de Ken Scott ***

Ken Scott met en scène la vie de l’avocat des célébrités, Roland Perez, d’après son livre auto-biographique.

Dans une première partie, qui se déroule à Paris essentiellement dans l’appartement familial, Roland Perez, le petit dernier, vit avec sa nombreuse fratrie et ses parents d’origine marocaine. Il naît avec un pied bot. Sa mère, Esther refuse de le faire appareiller. Pendant plusieurs années Roland se déplace en rampant dans l’appartement. Jusqu’au jour où la femme d’un rebouteux lui administre des soins. Grand Fan de Sylvie Vartan, Roland apprend à lire grâce à ses chansons et échappe de justesse aux services sociaux (excellente Jeanne Balibar). Le spectateur le suit jusqu’à l’adolescence.

Dans une deuxième partie, Roland a déjà 27 ans. Ken Scott raconte les moments essentiels de sa vie (études, rencontre avec sa femme, mariage, psychanalyse ..) jusqu’à son éloignement de sa mère et le décès de celle-ci.

J’ai suivi ce film très rythmé sans m’ennuyer, j’ai souvent souri. J’ai bien aimé la description nostalgique des années 69 / 70 (vêtements, décors, ambiance).

Certains points m’ont moins plu : le rapport à la temporalité que j’ai trouvé artificiel. Dans la première partie, pour montrer la répétition des routines Ken Scott use et abuse d’une mise en scène saccadée non linéaire. Il fait des sauts dans le temps, surtout dans la deuxième partie, l’histoire en devient morcelée.

Je n’ai pas trop aimé le jeu de Sylvie Vartan (de nos jours), ni le deepfake de l’interview. Le vieillissement de Leila Bekhti est plutôt raté.

J’ai souvent eu pitié de Roland Perez enfant, malgré le ton enthousiaste du film : le garçon est vraiment effacé face à sa mère qui occupe tout l’espace et chosifie son enfant. Même adulte il reste peu affirmé.

Finalement, quelques années de psychanalyse, l’écriture d’un livre, une rupture tardive, ont réconcilié l’avocat avec sa mère. La scène de la fin dans le cimetière de Menton est touchante et clôture bien le film … mais mon opinion reste mitigée.

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« Les graines du figuier sauvage » de Mohammad Rasoulof *****

J’ai enfin regardé le dernier film de Mohammad Rasoulof, cinéaste iranien actuellement réfugié en Allemagne.

Ce film indispensable dure 2h40 et bénéficie d’un scénario prenant et extrêmement courageux du début à la fin.

Il est de facture classique avec une bande son qui colle à l’image. L’histoire se déroule à Téhéran puis dans la campagne iranienne en 2022. Le spectateur l’apprend grâce aux médias qui se font échos : la télévision avec le discours officiel et les réseaux sociaux sur smartphones qui montrent des images d’émeutes liées à la mort de Masha Amini. Masha Amini, cette jeune femme arrêtée par la police des moeurs pour « port de vêtements inappropriés » dont la cause du décès varie selon la source.

L’actualité est un repère, une toile de fond, pour un drame qui se joue au sein d’une famille : le père récemment nommé enquêteur et bientôt promu juge du régime ; la mère qui oscille entre son rôle d’épouse et gardienne de la morale familiale ; et simplement de mère ; les 2 filles adolescente et jeune adulte qui questionnent et agissent selon le bon sens et une rationalité encore intacte.

Cette famille est comme le miroir de la société iranienne. Il se joue une histoire familiale singulière extrêmement bien ficelée, racontée dans un crescendo angoissant, devenant au final un cri de liberté aux accents universels, dépassant même les frontières de l’Iran.

Malgré une réalité totalitaire, Mohammad Rasoulaf réalise pourtant un film rempli d’espoir. Mais l’espoir portera-t-il des fruits ?

Sur Sens critique.

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« On ira » de Enya Baroux ***

Marie (touchante Hélène Vincent), 80 ans, vit seule chez elle, munie d’aides techniques pour pallier ses difficultés. Elle attend son fils Bruno (David Ayala) en rendez-vous chez la banquière, pour aller chez le médecin.

Suite à quelques péripéties c’est un auxiliaire de vie, Rudy, (Pierre Lottin dans un rôle à sa mesure) qui l’emmène chez le médecin, chez qui ils signent des documents permettant à Marie de se rendre en Suisse pour un suicide assisté.

Le lendemain, inventant une histoire, Marie entraîne son fils, sa petite-fille Anna et l’auxiliaire de vie, dans un périple en camping-car vers la Suisse.

Ces personnes avec leurs fragilités, leurs secrets et leurs travers, vont parvenir à se décentrer, à se retrouver sur l’essentiel et accompagner Marie.

Je n’ai pas toujours vraiment accroché à l’humour de ce film, dont le fond est grave. Si elle pose des questions, pour Enya Baroux les réponses sont évidentes, malgré les réactions des différents protagonistes. Je suis sortie de la salle avec un certain malaise. C’est clair, le sujet est sensible et fondamental, difficile pour moi d’avoir un avis tranché.

J’avais préféré dans le style Road Movie familial « Little Miss Sunshine ».

Sur Sens critique.

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