« Les Rayons et les Ombres » de Xavier Giannoli ****

1948 dans une ville de France, une jeune femme, Corinne, sort de chez elle avec une enfant et se rend dans un parc où elle se fait agresser par 2 hommes. Une voisine d’origine chilienne intervient. Corinne semble porter une lourde histoire. Sa voisine lui prête un magnétophone pour qu’elle raconte et enregistre son histoire.

La voix de Corinne (Nastya Golubeva Carax) sublime le récit de ce film de plus de 3 heures. L’histoire commence dans les années 30 quand le père de Corinne, le journaliste Jean Luchaire (Jean Dujardin), organise des jumelages pacifistes et anti racistes avec son ami allemand Otto Abetz (August Diehl). Otto Abetz deviendra un personnage clé dans le Paris de l’occupation, à la fois francophile, mais représentant de la doctrine nazie et organisateur d’un monde souterrain. (Soirées orgiaques, trafic d’oeuvres d’art ..)

« Les rayons et les ombres » est aussi le titre d’une oeuvre de Victor Hugo qui parle de toutes les nuances entre le bien et le mal dans l’âme humaine. Le film de Giannoli n’a rien d’académique et ne propose pas de repères chronologiques. Il s’agit davantage d’une fresque aux accents baroques avec certains plans qui rappellent des tableaux de cette époque. Une fresque sur le milieu de la collaboration à Paris pendant la seconde guerre mondiale, milieu pris dans une folle spirale, complètement aveugle face aux événements tragiques de la guerre.

J’ai été happée, parfois avec un certain vertige, dans les différentes sphères de ce film : le monde parisien de la nuit décadent qui flirte avec le marché noir d’envergure ; les cercles de journalistes de plus en plus contrôlés par les nazis, le quotidien dans un sanatorium des Alpes ; le milieu du cinéma d’avant-guerre ; la période après le débarquement.

La relation entre Corinne Luchaire et son père, central, rayonne, malgré ses aspects obscurs. Si Jean, d’abord idéaliste, devient opportuniste et voyou dans sa folie des grandeurs, Corinne avec son rêve d’être une seconde Greta Garbo, est entraînée dans cette vie facile sans calcul. Tous deux gravement malades de la tuberculose, semblent jouer avec le destin.

J’ai trouvé « les rayons et les ombres » très marquant. C’est un film sombre, très intéressant, courageux avec des qualités cinématographiques que j’ai beaucoup appréciées. (Décors, lumière, plans intéressants, scénario riche et touffu, acteurs principaux excellents).

Sur Sens critique.

L’article de Princecranoir.

L’article de Dasola.

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